33 enfants Juifs cachés à Fougerolles du Plessis

Chronologie des recherches

denise-piernikarz-et-raymond-barbe-en-1944.jpg12/09/1995 : courrier de Mme Denise Piernikarz, adressé à la mairie de Fougerolles du Plessis. Pour raison administrative, elle demande une attestation comportant les dates de son séjour à Fougerolles pendant la guerre, elle nous fait savoir qu'elle était dans la famille Barbé. Raymond Juin, adjoint au maire, prend contact avec Mr Barbé, descendant de la famille d'accueil, il nous confirme la présence d'une enfant juive dans sa famille.

 

 

Denise Piernikarz et Raymond Barbé en 1943

 

 

Raymond Juin sait que cette personne n'était pas la seule enfant cachée dans la commune. Pendant la guerre sa famille était voisine de celles des Triguel et des Beucher, il avait côtoyé des enfants, à l'époque on les appelait des " Petits Parisiens".

Une recherche dans les registres de l'école publique a confirmé la présence de 10 enfants Juifs inscrits sous leur nom véritable.

Avec René, fils de Joseph et Marie Triguel, nous retrouvons Albert London qui avait été caché dans cette famille. Pendant l'été 1996 il vient à Fougerolles, nous apporte son témoignage et propose de faire paraitre notre liste dans la revue "Les Enfants Cachés", cette liste est également publiée dans le bulletin municipal de Fougerolles, plusieurs familles nous font savoir qu'elles avaient accueilli des enfants juifs.             

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Albert London avec Joseph et Marie Triguel   

 

 

Dés lors en 1996-1997, Christophe Pelé, secrétaire à la mairie de Fougerolles coordonne les recherches et organise les contacts entre les familles d'accueil et les personnes retrouvées (cachées de 1942 à 1945) et qui se sont fait connaitre .

Christophe Pelé apprend que les enfants avaient été amenés par l'O.S.E (Œuvre de Secours aux Enfants) contact est pris avec cette organisation, elle possède un service "Archives et Histoire". La responsable Mme Salamon confirme que l'O.S.E a bien placé des enfants à Fougerolles, et possède des fiches assez précises sur plusieurs enfants de la liste.

En 1997 nous avons 23 personnes répertoriées à Fougerolles, plus deux à Landivy (Georges et Léon Gutman) qui se sont fait connaitre. 

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Les 27 et 28 septembre 1997, la municipalité organise une rencontre entre les "Enfants Cachés" et les familles qui les avaient accueillis, 9 personnes avaient pu répondre à l'invitation.

 

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A l'initiative de Albert London, une plaque a été offerte, en reconnaissance de ces deux journées et en hommage à la commune de Fougerolles. Elle est installée dans le parc de la mairie.

 

             

En 2004, Valérie Balluais, étudiante en maitrise d'histoire à l'Université de Rennes II, nous contacte dans le but de réaliser un mémoire sur les "Enfants Cachés", elle réalise un travail remarquable et permet à l'association Mémoire et Patrimoine de Fougerolles qui s'est constituée cette même année, de continuer et de compléter les recherches entreprises depuis 1995. (son mémoire est consultable à la mairie de Fougerolles).

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Le 30 mai 2006, en présence du représentant de l'Ambassade d'Israël à Paris, accompagné du représentant Yad Vashem, Mr Goldenberg remet à René Triguel, au nom de ses parents, la Médaille des Justes, en présence de Roger Lestas, Député-Maire de Fougerolles du Plessis et de Madame la Sous Préfète de Mayenne.

 

 

2008 : l'association Mémoire et Patrimoine entreprend de nouvelles recherches, grâce aux travaux de Valérie Balluais, des listes des enfants cachés à Fougerolles trouvées à l'UGIF (Union Générale des Israélites de France) et dans les carnets de Gilberte Nissim qui faisait partie des Éclaireurs Israélites, elle venait visiter les enfants dans les familles. Ces listes nous permettent d'établir que ce sont 33 enfants dans 19 familles qui ont été accueillis.

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Dans le nord-ouest de la Mayenne, Landivy et Fougerolles du Plessis sont les communes qui accueillent le plus grand nombre d'enfants Juifs, 80 environ, selon les recherches de Guillemette Geslin ,pour Landivy, et de Raymond Juin. Dans la commune de Savigny le Vieux, dans le département de la Manche, Nicolas Leboulanger en a recensé 25. Ces communes se situent à l'écart des principales voies de communication et des grandes agglomérations.

Cette entreprise de sauvetage des enfants est organisée par les associations juives, ainsi l'OSE regroupe à Paris des enfants avant leur placement, les informe sur leur nouvelle vie et trouve une convoyeuse pour les accompagner pendant leur voyage, Mme Mounier. Plus tard cet organisme envoie une assistante sociale pour visiter les enfants dans les familles d'accueil, elle s'appelait Gilberte Nissim et venait sous un faux nom, elle parcourait la campagne en vélo.

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 Ci-dessus à droite, carte d'identité de Claire Yvonne Marchand (Gilberte Nissim, elle devint l'épouse du Professeur Ady Steg. A gauche : extraits de ses carnets de visites dans les familles Fougerollaises. Nous devons ces documents à Valérie Balluais).

 

 

En 2009, l'association Mémoire et Patrimoine, qui travaille depuis quelques années sur l'histoire des "Enfants Cachés" organise une exposition, pour rendre hommage à ces familles fougerollaises qui avaient pris d'énormes risques pour sauver des enfants de la déportation et de l'extermination, c'était aussi une forme de résistance. Guillemette Geslin qui a effectué tout le travail de recherche à Landivy et sur le reste du canton, fut associée à notre démarche.

scan062.jpgDes contacts furent pris avec le Mémorial de la Shoah pour leur louer une exposition : 20 tableaux sur les "Justes de France". Cette exposition, présentait la politique anti-juive et les mesures de répressions prises par les Allemands et le régime de Vichy à leur encontre, mais aussi les réseaux mis en place pour sauver cette population et surtout les enfants. 

Dans notre exposition nous avons pu présenter des photos des familles avec les enfants, de nombreux témoignages qui nous ont permis de comprendre ce que fut leur vie pendant cette période. D'après leurs récits, beaucoup de ces enfants ont trouvé chaleur et réconfort dans leur nouveau foyer, pour d'autres, ce fut plus difficile de vivre cette vie rude à la campagne . Pour tous, ils venaient de connaitre la rupture brutale avec leurs parents et découvraient des conditions différentes de leur vie de citadins : pas d'électricité, de sanitaires. Ils n'allaient pas tous à l'école, mangeaient du lard et de la soupe de choux,marchaient avec des sabots, travaillaient, à l'époque, pour des enfants de la campagne c'était normal.

D'autres personnes ont pris des risques, le Maire, le Médecin, les Instituteurs et le Curé savaient et n'ont rien dit.

 

 

 

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Bernard,Simon et Marie Spitzagen     avec une image Jacques Moskowitz   
à droite Simon Spitzagen
à l'école publique
David et Léon Zysman dans
la famille Huard à l'Azerie

 

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Mme Aronowitz et ses 6 enfants en 1945                             Sylvain Algazi avec Victor et Marguerite Paillard

 

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Georges Ziotogorski en visite à la famille Chemin en 1969               Léon Koniecpol, son épouse et Marcel Thérault
en 1997

 

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Renée Sichem (Mme Guédy) avec Urbain Savaris en 1997                       Denise Piernikarz et Renée Sichem en 1997

 

Visite de Mme et Mr le Professeur Steg à Fougerolles du Plessis le 9 septembre 2009

N'ayant pu être présents le 12 juin pour l'inauguration de l'exposition : " les Enfants Cachés de Fougerolles du Plessis" Gilberte Nissim est venue accompagnée de son mari, le Professeur Ady Steg, Président de l'Alliance Israélite Universelle, pour remercier les descendants des familles qui avaient accueilli et sauvé des enfants pendant la guerre.

Elle a retrouvé avec beaucoup d'émotion le pays qu'elle parcourait et les photos des personnes et des lieux qu'elle visitait.

Monsieur le Professeur Steg nous a dit toute son admiration pour le courage des habitants de Fougerolles, Landivy et sa région, mais aussi pour leurs engagements en plus dans la résistance.

A l'issue de leur visite, Monsieur le maire de Fougerolles Stéphane Sicot, a remis à Madame Steg la médaille de la commune.

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au centre,Mme Gilberte STEG et Son mari le Professeur  Ady Steg (Président de l'Alliance Israélite Universelle), assise à gauche Marchella  Aronowitz  debout Albert London             les descendants des familles
entourent Madame Steg

                                                                                                                                                                                                                                                                                               Madam

Nous avions appris en octobre 2011 que la récompense des Justes parmi la Nations "Médaille des Justes" était attribuée à Victor et Germaine Lefèvre pour avoir accueilli trois enfants, Bernard, Marie et Simon Spitzagen de 1942 à 1945. La cérémonie de remise a eu lieu le dimanche 2 décembre 2012 à 15 heures à Fougerolles du Plessis.

                                                                                                     R. Juin

Témoignages des enfants cachés :

         Témoignage de Mme Mariette Bronstein ( Marie Spitzagen)

    Je soussignée Mariette Bronstein, certifie les faits suivants :

     En 1942, mon père était déjà déporté et ma mère m'a placé avec mes deux frères, après la rafle du Vel d'Hiv, dans une maison d'enfants à Neuilly. Une organisation Juive à Paris était en charge de trouver des familles d’accueil un peu partout dans la France. Un jour on nous a dit qu'on partait pour Landivy, dans la Mayenne, et quand on est descendu du train, Monsieur Victor Lefèvre nous attendait près de sa charrette. Il nous a emmenés à sa ferme à Fougerolles du Plessis. Nous avions tous les trois la tête rasée à cause d'une épidémie de poux dans la maison de Neuilly. Quand je suis arrivée dans la famille Lefèvre, j'avais sept ans et demi et j'y suis restée deux ans et demi, jusqu'à la libération. La famille Lefèvre recevait une pension mensuelle pour nous trois.

     Les Lefèvres étaient une famille d'agriculteurs. Nous avons été mis à la tâche, comme dans toutes les familles de fermiers où tout le monde doit participer aux travaux. C'était une vie primitive sans eau courante, électricité, toilettes, mais nous avions un toit et à manger. La famille qui résidait à la ferme consistait de leur fils, Bertrand et de leur fille, Victorine. La maison consistait d'une seule pièce où dormions tous y inclus Monsieur et Madame Lefèvre. Ils nous incorporés dans leur famille comme si nous étions leurs propres enfants. Ils étaient catholiques et très croyants. Nous allions avec eux à la messe le dimanche matin ainsi qu'aux vêpres dans l'après-midi. Je me rappelle avoir suivi des cours de catéchisme. Le curé devait savoir que nous étions juifs et a suggéré aux Lefèvres qu'on était trop jeunes pour être baptisés et qu'il fallait attendre que la guerre soit finie.

      Les Allemands sont passés dans le village, se sont même installés dans notre ferme pendant que des voisins nous ont logés. Il y a même eu des dénonciations de maquisards qui ont été fusillés mais heureusement personne ne nous a dénoncés.

     La famille Lefèvre a pris de grands risques en nous hébergeant tous les trois et nous leur sommes très reconnaissant de nous avoir permis de survivre les atrocités de la guerre. Je ne sais pas s'ils étaient conscients des conséquences en cas de dénonciation mais leur courage et leur bonté méritent d'être reconnus. Nous avons échappé à la déportation grâce à eux car la maison de Neuilly a été vidée par les Allemands après notre départ. Tous les enfants qui n'avaient pas été placés ont été déportés.

      Sans le courage et le bon cœur des Lefèvres, j'aurai abouti comme mes parents dans un camp de concentration où la mort était certaine. 

 (texte dactylographié suivi des phrases suivantes manuscrites)

      Pendant ces deux années, nous nous appelions Marie Lefèvre, Simon Lefèvre et Bernard Lefèvre. Nous avons adopté leur nom très docilement.

                                                                                           04/05/10            Signature

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           Lettre du Dr Simon Spitz à Mr le Député-Maire Roger Lestas 

                                                                                      Monsieur,

          J'ai reçu votre courrier auquel est joint une demande d'attribution de la Médaille des Justes à la famille LEFEVRE qui m'a hébergé pendant la période de 1942 à 1945, en me protégeant des persécutions raciales.

          Je suis d'accord sur le principe et pourtant, cela pourra vous étonner, j'émets des réserves.

         Il est nécessaire que je m'explique. J'ai été effectivement recueilli en octobre 1942, en compagnie de mon frère et de ma sœur par la famille LEFEVRE.

         Nous avons été confiés en juillet 42, juste après les grandes rafles Parisiennes par notre mère (avant sa déportation)  un réseau clandestin, qui reste inconnu à ce jour, a contacté des familles d’accueil dans le canton de Landivy et nous avons été hébergé, avec versement d'une pension mensuelle dont l'origine des fonds reste inconnue, pendant la période de la guerre. Je suis arrivé dans cette famille à l'âge de 4 ans 1/2, j'y suis resté 2 ans1/2.

          Je m'en souviens, et je me souviens, qu'à l'époque, je n'ai rien compris à ce qui nous arrivait. Victorine MANDAL ( née LEFEVRE) me disait récemment que j'apparaissais comme "perdu". La famille LEFEVRE était une famille d'agriculteurs modestes, qui vivait modestement. Nous avons été considérés par cette famille (de 5 enfants), a peu de choses prés, comme les enfants de la famille

          La vie était rude, elle l'était pour tous, et les enfants, même en bas âge participaient, selon leurs capacités, aux  travaux de la ferme. J'ai trouvé cela naturel, et rapidement je me suis intégré à cette famille d’accueil, au point que la Libération venue, lorsqu'une Tante, que je ne reconnaissais pas, est venue pour nous reprendre, j'ai dans un premier temps refusé de la suivre et que j'ai finalement obéi aux conseils de Mme LEFEVRE.

          Monsieur et Madame LEFEVRE étaient des gens simples et droits, profondément religieux, ils respectaient apparemment les autorités, mais leur "opinion" se forgeait localement. A cette période, les communications étaient nettement plus difficile qu'aujourd'hui : pas de télévision ni de radio, pas de journaux à la ferme.  L'opinion se formait dans les discussions entre voisins, à la sortie de la messe,  et les jours de marché. Les élites locales avaient un poids déterminant, principalement le Curé, mais aussi le Maire et les Instituteurs. Dans ce village, les élites ont probablement favorisé le sauvetage d'enfants.

          Comme je l'ai appris récemment une vingtaine d'enfants étaient cachés dans le village. La famille LEFEVRE n'aurait pas bravé l'interdit concernant les enfants juifs sans l'aval du Curé. Le Curé de Fougerolles savait que nous étions des enfants juifs, car il a refusé de nous baptiser. Pour le Baptême, avait-il dit, il faut attendre que les enfants soient majeurs, ou obtenir l'accord des parents. ( Il appliquait ce que, depuis, j'ai appris être la consigne donnée à cette époque par l'Assemblée des Évêques de France.)

          Pour la famille LEFEVRE, (il faut se souvenir de l'éducation religieuse de l'époque) les Juifs étaient responsables de la mort du Christ. C'est le mérite de cette famille d'avoir dépassé ce préjugé et d'avoir vu en nous, avant tout, des enfants dans la détresse. En ce sens, ils ont agis en bons chrétiens.

           Pendant notre séjour à Fougerolles, nous avons fréquenté l’École Laïque de façon régulière. Les autorités municipales n'ont pu ignorer notre présence, et les instituteurs étaient conscients de notre origine. J'ai le souvenir que pour mon premier Noël à Fougerolles, j'ai reçu des mains de l'institutrice, le plus beau cadeau de l'arbre de Noël, une belle locomotive rouge en tôle peinte que je convoitais. Aux enfants qui s'étonnaient que le plus beau cadeau revenait à un enfant "d'ailleurs". Elle a répondu simplement " Il le mérite, il n'a plus de parents". 

          Dans cette commune des confins de la France, une vingtaine d'enfants ont étés hébergés, éduqués et sauvés, ce n'est pas un hasard ! A une aussi grande distance de la Région Parisienne, peu de villages ( à l'exception du Chambon sur Lignon, ont été aussi solidaire. C'est que pour les gens de Fougerolles attachés à la réalité de tous les jours, les enfants n'étaient pas du bétail qu'on séparent de leur famille et que connaissant le bétail, ils respectaient la vie tout simplement.

          Fougerolles, qui a été solidaire au temps de la détresse, a été aussi courageux, et le temps venu du combat, ici on s'est battu et on est mort pour la France. Ce village mérite d'être honoré et pour moi qui était Français à l'époque ou j'y ai été recueilli dans la clandestinité, et qui suis toujours Français et fière de l’être ( malgré les vicissitudes de l'histoire). Je pense que c'est la République Française qui doit honorer ses Justes et ses Héros. C'est pourquoi, je pense que la commune de Fougerolles du Plessis en son ensemble mérite d'être honorée par l'attribution d'un titre de la Légion d'Honneur ( ou récompense similaire).

          Je vous prie, Monsieur le Député-Maire, de transmettre mon témoignage aux séances du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Bien cordialement et avec respect.

                                                                                                          Signature                                 Lettre datée du 16 octobre 1997

 

                 Témoignage d'Alexandre Hadjès : cousin de Sylvain Algazi.

 

          1942, année terrible pour les enfants juifs parisiens qui pour la plupart n'avaient pas d'attaches avec la province pour pouvoir s'y réfugier afin d'échapper à l'ogre nazi.

          Un réseau de personnes dévouées travaillant avec l'OSE, au péril de leur vie, ont pu mettre à l'abri  dans une famille mayennaise " Victor  et  Valentine Paillard ", mon petit cousin Sylvain que je venais voir environ tous les 3 mois.

            Quelques mois après l'arrivée de Sylvain à la Longraie, sa maman (sœur de ma mère) ainsi que sa sœur âgée de 17 ans, furent arrêtées à Paris et déportées. Nous ne les avons plus jamais revues. Le papa de Sylvain, lui, était prisonnier en Allemagne.

       Mes visites à la Longraie étaient compliquées car j'étais caché à Lyon et je voyageais sous une fausse identité :

                 - de Lyon, je passais par Paris pour aller ensuite à Laval

                  - de Laval, je prenais un car qui passait par Mayenne, Oisseau pour arriver à Saint Mars sous la Futaie où le père Paillard venait me chercher en carriole avec la "Charmante" pour me conduire à la Longraie.

        Il m'est arrivé aussi de prendre un petit train qui passait par Gorron puis je finissais mon parcours à bicyclette que j'emportais toujours avec moi.

        A cette époque, la Mayenne étant en pénurie de gros sel, il m'arrivait d'en apporter 20 kilos dans mes valises depuis Lyon pour tuer le cochon !

        La famille Paillard, connaissant la difficulté à se ravitailler dans les villes a toujours veillé à bien me nourrir durant mes séjours chez eux, également à me donner quantité de nourriture à mon départ.

        La première fois que j'ai vu Sylvain à la Longraie, je l'ai trouvé radieux, intégré dans la famille Paillard comme s'il était leur enfant.

        J'ai gardé un souvenir inoubliable de la famille Paillard et de leurs enfants Victor et Marguerite qui entouraient Sylvain de beaucoup d'affection et de tendresse. Je tiens à remercier également ici touts les familles de la région pour leur dévouement et leur courage. Ils ont sauvé, au péril de la vie de toute leur famille, des enfants innocents.

        Merci de m'avoir donné l'occasion d'apporter ce modeste témoignage.

                                                          Alexandre Hadjès

 

                Témoignage de Albert London

          Mon témoignage.

           Né en juillet 1936, j'avais 3 ans au début de cette guerre qui s'est vite transformée en génocide pour certaines populations. mes parents, juifs d'origine polonaise, émigrés en France après la première guerre mondiale, étaient installés à Paris. Mon père exerçait la profession d'horloger, et ma mère s'occupait du foyer qui comptait quatre personnes avec mon frère Marcel, de 6 ans plus âgé que moi.

           Dés  le début des hostilités, mes parents voyant venir de grosses difficultés, m'ont éloigné de Paris, et mis en nourrice dans la région parisienne. (Pourquoi pas mon frère et eux-mêmes ? !)...

           J'ai le souvenir qu'ils sont venus  me voir quelquefois à Aulnay sous Bois. Puis la chasse aux juifs s'est intensifiée, et pendant ces affreuses journées des 15 et 16 juillet 1942 ( les fameuses journées du Vel d'Hiv), mes parents et mon frère ont été arrêtés.

             Je ne les ai jamais revus. La nourrice qui me gardait alors, a fait une tentative pour me rapprocher de mes parents, elle m'a conduit un jour devant le Vel d'Hiv où les personnes arrêtées récemment étaient gardées.

           Je me rappelle des nombreux agents présents devant les portes et sur le boulevard de Grenelle. L'un deux, interrogé par ma nourrice quant aux possibilités de me faire entrer, a conseillé de me ramener et de ne pas insister, ce qu'elle a fait. Après, c'est le noir dans ma mémoire, pour un bon bout de temps. Quelques images subsistent, quelques faits aussi, mais impossible à dater.

            Entre mon départ de chez la nourrice d'Aulnay sous Bois, et mon arrivée dans la famille Triguel à Fougerolles du Plessis, je me souviens seulement être passé par un, peut-être deux organismes, puis j'ai dû habiter quelques temps chez des fermiers de Normandie où je me suis fait surprendre à voler quelques morceaux de sucre que je partageais avec une petite fille de mon âge (image tenace!).

           Enfin, je suis arrivé chez les Triguel. le père était cantonnier et la mère s'activait à la maison. Ils avaient deux enfants, Joseph le plus jeune qui a poursuivi ses études et René entré plus tôt dans la vie active. Un autre enfant juif -Armand- était aussi présent à la même époque.

          Pourquoi et comment ces braves gens ont-ils été amenés à nous héberger ? Je ne sais répondre. Toujours est-il qu'ils prenaient des risques énormes, car protéger ou cacher des juifs, en ces temps-là, correspondait presque à un arrêt de mort si cela se découvrait.

          Combien de temps suis-je resté à Fougerolles ? Mystère ! Un an - deux ans ?... Des recherches récentes effectuées dans les archives de l'école communale situe mon arrivée en décembre 43.

          J'ai quelques souvenirs plus précis des "années Triguel". D'abord la petite maison sur le bord de la route, avec ses deux massifs d'hortensia. Il paraît que ce sont leurs descendants directs que l'on peut admirer aujourd'hui devant la maison un peu modifiée par son nouveau propriétaire.

          A l'intérieur, il y avait une pièce unique avec trois ou quatre grands lits, une cheminée qui servait à la fois de chauffage et de cuisinière. L'eau était au puits, dans le jardin, sur l'arrière de la maison. On se lavait à l'extérieur dans une cuvette. C'était évidemment rustique, la vie était rude comparée à maintenant, mais je ne me rappelle pas avoir été malade une seule fois.

           Maman Triguel était un peu sévère et stricte, mais elle avait fort à faire avec tout son monde, et probablement peu de moyen. Je me souviens des bols de châtaignes trempant dans le lait - un délice qui vous tenait au ventre du matin au midi - ! Par contre je n'ai jamais pu manger le gras du lard sans un haut le cœur, et là j'ai souffert, car il n'y avait pas de choix, et je ne pouvais pas m'y soustraire.

          Quatre fois par jour, nous faisions la route entre la maison et l'école. On s'amusait en route, quelquefois on faisait des blagues. Un jour j'ai lancé des bouses de vaches sur une voiture. Par quel affreux miracle cela se sût-il ??? Le soir, je suis resté environ une demie-heure à genoux avec une brique dans chaque main.

          C'est là que j'ai appris à lire, dans l'école du village. Nous étions plusieurs divisions dans la même classe, et la maîtresse se débrouillait comme elle pouvait pour assurer plusieurs niveaux d'études en même temps.

          Un jour, enfin, on a vu passer les camions américains, j'ai encore le souvenir des cavalcades pour ramasser cigarettes et chewing-gum . Après la guerre, de très bons amis de mes parents - la famille BASTOK - m'ont retrouvé à Fougerolles . Je crois qu'une certaine sympathie est née entre ces deux familles : Triguel et Bastok, car ceux-ci sont venus quelquefois passer leurs vacances au village. Ils descendaient à l'hôtel dont le propriétaire était aussi le maire : Mr Linais.

           Puis je suis parti dans une institution : l'orphelinat Rottschild, où je suis resté quelque temps, d'abord dans la région parisienne, puis dans un château aménagé, en province. C'est de là que j'ai finalement été adopté par la famille BASTOK .

          Depuis, je suis devenu adulte, marié, père de famille, la vie ! Courant 1996, un coup de téléphone a réveillé tous ces souvenirs . C'était René Triguel qui se manifestait. Après m'avoir cherché quelque temps, il m'a retrouvé et nous avons pu nous revoir après plus de 50 ans d'éloignement, et évoquer tous ces bons vieux moments.

         Ce que je suis aujourd'hui, je le dois entre autre à la famille Triguel qui a su prendre ses responsabilités dans des moments difficiles, et a caché et soustrait des enfants innocents à la barbarie nazie.

         Merci encore à ces braves gens  que leur souvenir soit honoré et que leur fils René trouve ici l'expression de ma profonde gratitude.

                                                              Signature            ( témoignage en date du 19-11-96)

                               Témoignage de Madame ARONOWICZ

          Témoignage en faveur de Madame LEROY Yolande né GUERIN née le 21 janvier 1939 à Laval (53000)                 

          Je soussignée Madame ARONOWICZ Annie née le 19 janvier 1939, habitant actuellement 8, rue Saint Fargeau 75020 Paris, certifie les faits suivants :

          Toute ma famille et moi avons été arrêtés lors de la rafle du 16 juillet 1942 et emmenés au Vel d'Hiv.

           Ma mère étant enceinte de 3 mois, elle a été relâchée avec ses enfants âgés de moins de 16 ans.

           Mon père et mes deux sœurs ainées ( 17 et 19 ans ) sont restés et ont été déportés. Ils ne sont jamais revenus.

           Nous sommes rentrés à la maison et 6 mois après ma mère mettait au monde ma sœur le 16 janvier 1943.

           Nous nous sentions menacés malgré tout et ma mère a contacté l'OSE, parce que cet organisme nous placé à la campagne, ma sœur ( 5 ans ), mon frère ( 7 ans ) deux autres sœurs jumelles et moi.

           Nous sommes partis de Paris Montparnasse, sans connaître notre destination, accompagnés par Madame Monnier, infirmière. Nous sommes arrivés à Fougerolles du Plessis via Laval, fin octobre 43 au soir et là nous attendait ma sœur et moi Monsieur Guérin avec sa fille Yolande. Mon frère a été placé dans une autre famille à Landivy.

          Nous sommes restées chez Monsieur et Madame Guérin jusqu'à fin octobre 44.   

                                         Fait à Paris le 4 novembre 1997

                                                  Signature

          Signature certifiée par Jenny Laneurie, Déléguée de YAD VASHEM.

                                 Paris le 4/11/97 et signature

 

                       Témoignage de Marchella COMBOURIEUX ( née ARONCWICZ )

          Courrier adressé au Président de notre association : Monsieur Juin

           Après le drame du Vélodrome d'Hiver, le 16 juillet 1942 où nous avons été arrêtés, toute la famille père mère et tous les enfants.

           Quelques jours après un décret est passé pour les femmes enceintes dont ma mère, et nous avons été libérés seulement les enfants en dessous de 15 ans.

            Nous avons eu la chance d'avoir l'aide de l’organisation O.S.E. pour nous faire quitter Paris et nous mettre à l'abri de l'occupation Allemande et tous ses dangers et être accueillis dans une famille de Fougerolles du Plessis, habitant le village de la Bourdonière.

            La famille Jouenne que de souvenirs..... un accueil familial très chaleureux, il y avait les parents, deux garçons leurs fils Edgar et Yves.

            Un garçon de ferme et plusieurs Parisiens, quelle ambiance...... la chaleur humaine qui nous isolait de tous les soucis de Paris. Cette famille m'a apporté la découverte et l'amour de la Terre,les animaux de la ferme, grande révélation par rapport à la ville.

            Nous sommes arrivés à la Bourdonière les premiers jours de l'année 1943 et sommes repartis fin septembre 1944...... et depuis des relations très fraternelles et familiales se sont nouées depuis ces nombreuses années en toutes occasions.

                                                              Sincèrement et signature

 

 

                                                                                                  

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Date de dernière mise à jour : 2015-09-03 20:20:30