Médaille des Justes PAILLARD

                                          Remise de la Médaille des Justes à la Famille Paillard

        Dsc 66  Cette récompence a été remise, le Dimanche 22 novembre, aux petits enfants de Valentine et Eugène Paillard. Cette famille avait acceulli le petit Sylvain Algasi ( Bonomo ) . Cette cérémonie a eu lieu à La Dorée, commune où la famille Paillard habitait en 1942 à l'arrivée de Sylvain.

          Patrick LEMAITRE, Maire de La Dorée, a acceuilli les nombreuses personnalités dont :

               - Mr Ido BROMBERG, Directeur des relations publiques de l'ambassade d'Israël en France

               - Mme et Mr BENSAADON, Délégués régionaux, du comité Yad Vasheim.

               - Mme CERASI GIORDANIE, Secrétaire générale de la Préfecture de la Mayenne

               - Mr FAVENNEC, Député

               - Mme et Mr les Conseillers Départementaux

               - Mr Bruno LESTAS, Président de la Communauté de Communes du Bocage Mayennais

               - Mmes et Mrs Les Maires

                                                                                Extrait de l'intervention de Patrick LEMAITRE

 Dsc 0042          " Comme il se doit, avant de commencer cette cérémonie une minute de silence en mémoire et respectabilité à l'attentat de Paris. Tout d'abord merci à toutes et à tous d'être  présents ici, dans notre petite commune de La Dorée : date symbolique, un moment fort et émouvant que nous allons partager ensemble maintenant.

          Je remercie tout particulièrement pour leur présence, les petits enfants dont la famille a, pendant la guerre, accueilli Sylvain ALGAZI, obligé de se cacher pour éviter la déportation et la mort.

          Aujourd'hui nous sommes donc réunis dans cette salle pour la cérémonie de remise de la Médaille des Justes à la famille PAILLARD, représentée par leurs petits enfants Giséle, Gilbert et Martine la présence d'Alexandre HADJES, cousin de l'enfant caché par Mme et Mr PAILLARD.

        049  En effet  Eugène et son épouse, Valentine, sont agriculteurs à La Dorée, pendant les années de guerre.l  Comme tous les habitants de la commune, ils ontconnu l'occupation nazie, les privations et les souffrances de la guerre. Aidés de leurs enfants, Victor et Marguerite, ils vont sauver Sylvain ALGAZI, dit Sylvain BONOMO, et accueillir son cousin Alexandre HADJES.

          Sylvain est né en 1935, les organisations Juives vont le placer à la ferme  de la Longraie, à La Dorée, à l'époque, la commune comptait environ 700 habitants, il fut scolarisé à l'école de Fougerolles du Plessis en 1943. Sylvain est parti jeune, sans ses parents et il a trouvé  chaleur et réconfort dans la famille PAILLARD."

                   Extrait de l'allocution de Stéphane SICOT, Maire de Fougerolles du Plessis

         Dsc 0048 " Mon collègue vous a raconté comment le petit Sylvain ALGASI dit BONOMO, 7 ans, a trouvé refuge chez Eugène et Valentine PAILLARD et leur enfants Joseph, Victor et Marguerite, ici à La Dorée en été 1942. Il a par la suite vécu à Fougerolles du Plessis au lieu-dit Les Brières. Il était scolarisé à partir de 1943 à l'école du Sacré Coeur à Fougerolles. 

            Nous avons la chance d'avoir avec nous, Mr Alexandre HADJES' son cousin et j'ai hâte d'entendre son témoignage sur ce qu'il a connu de leur vie et sur les liens très forts qui les unissaient. De toucher la réalité.

         Mais cette histoire n'est pas un fait isolé. Les recherches menées pendant plusieurs années sur les enfants juifs cachés à Fougerolles, en particulier par Raymond JUIN et Mémoire et Patrimoine, par Christophe PELLE, ancien secrétaire de mairie, ou par Valérie BALLUAIS auteur d'un mémoire sur le sujet ont mis en évidence toute une organisation, avec à l'origine L'OSE ( oeuvre de secours aux enfants) qui plaçait les enfants, et de nombeuses familles qui les accueillaient. on peut estimer qu'une centaine d'enfants ont été placé entre Fougerolles, La Dorée, Landivy et Savigny le Vieux ( commune voisine dans la Manche).

          Rendez-vous compte à Fougerolles, il a été retrouvé avec certitude 19 familles ayant accueilli 33 enfants. Evidemment pour certains, la vie était un peu rude, mais ils ont été sauvés. Après l'été 1942 leur destin était pour la plupart la déportation et pour beaucoup la mort. Ce système n'a pu tenir toutes ces années que grâce à une complicité collestive de la population qui a ou participé, ou fermé les yeux. Pas de dénonciation. Car les risques étaient grands, d'autant plus grands que dans le même temps s'organisait la résistance armée à l'envahisseur, risquant d'attirer ses foudres."  

          Intervention de Mr BENSAADON

Dsc 0049           "Le mémorial Yad Vashem, situé sur la Colline du Souvenir à Jérusalem en Israël, a pour mission de rendre hommage aux Justes parmi les Nations, et de perpétuer la mémoire des 6 millions de Juifs de 21 pays d'Europe qui furent exterminés par les nazis et leurs complices pendant la seconde guerre mondiale.

     En France, 76.000 Juifs furent déportés, dont 11.000 enfants. Seuls 2.550 revinrent des camps d'extermination, et aucun enfant ne se trouvait parmi eux. Cependant, les 3/4 des Juifs de France ont eu la vie sauve grâce à des hommes et femmes non Juifs.....

     La résistance Juive en France, comme la Résistance en gégéral, avait pour mission de chasser l'occupant, mais aussi de sauver un maximun de Juifs. Elle n'aurait pas pu remplir cette tâche sans l'aide de nombreuses personnes non Juives comme Eugène et Valentine PAILLARD. Les noms de Valentine et Eugène PAILLARD seront inscrits sur le mur d'honneur, dans le "Jardins des Justes à Jérusalem" et dans "L'Allée des Justes au Mémorial de la Shoah à Paris".

            Témoignage d'Alexandre HADJES

Dsc 0052           Mesdames, Messieurs,

         C'est avec une vive émotion que je m'adresse à vous aujourd'hui, à La Dorée, où nous sommes tous rassemblés  pour honorer Valentine et Eugène PAILLARD au moment de leur nomination de " Justes parmi les Nations" à titre posthume. Je vais tenter, en quelques mots, de vous relater les événements vécus voici plus de 70ans pour  illustrer l'humanité et le courage des époux PAILLARD en vous plongeant à nouveau dans les moments les plus sombres de notre histoire.

          Mon père, Haïm HADJES et ma mère, Esther MECHOULAN, sont arrivés de Turquie en France, à Paris en 1921. Mes parents se sont mariés à la mairie du XIé arrondissement en 1924 et je suis né à Paris, le 25 octobre de la même année. Ma soeur  Lucienne est née en 1926 à Paris XIIé. La soeur de ma mère, Estrella MECHOULAM, est arrivée en France en 1925, venant également de Turquie, précisément d'Izmir où elle est née. Elle épousa Maïr ALGAZI avec qui elle eut, en juin 1926, une fille prénommée Ketty. Ils travaillaient tous deux comme tailleur à domicile dans le XIé arrondissement de Paris.

          Vers 1934, ma tante et mon oncle décidèrent de divorcer. Les jugements de divorces étant très longs et très coûteux à cette époque, leur  divorce n'avait pas encore été prononcé quand la guerre éclata ce qui interrompit définitivement  la procédure. En avril  1935, Sylvain naquit de l'union de ma tante avec Isaac BONOMO mais celle-ci n'étant pas divorcée, Sylvain dut porter le nom du mari de sa mère à savoir ALGAZI.

          La guerre éclata en 1939, suivie de l'occupation allemande. Le père biologique de Sylvain, Isaac BONOMO, fut fait prisonnier  en Allemagne au Stalag IX C. Pendant ce temps, ma tante continuer les démarches bien qu'Isaac fût prisonnier. Elle prit délibérément le nom de BONOMO en devançant les conclusions du jugement. C'est la raison pour laquelle Sylvain fut caché sous le nom de BONOMO.

    130    Au début du mois de juin 1942, le port de l'étoile jaune devint obligatoire en zone occupée pour tous les Juifs. Je portais moi-même l'étoile pendant quelques semaines avant de passer la ligne de démarcation fin juin pour me cacher à Lyon, en zone libre. En juillet 1942 eut lieu la grande rafle du Vel d'Hiv. Notre famille eut, cette fois-ci, la chance d'échapper aux arrestations. Cette époque était terrible pour les enfants Juifs parisiens qui, pour la plupart, n'avaient aucune attache avec la province pour pouvoir s'y réfugier afin d'échapper à l'ogre nazi. Ma tante inquiète pour Sylvain le remit entre les mains de l'OSE ( Oeuvre de secours aux enfants) qui se chargea de l'envoyer en Mayenne, à La Dorée (proche de Fougerolles du Plessis) chez les époux PAILLARD, Valentine et Eugène, dans leur ferme de la Longraie

  Capture        Je n'étais pas à Paris à ce moment- là et Sylvain était trop jeune pour se souvenir de tous les détails de son départ pour la Mayenne. Il m'a dit plus tard avoir pris le train à la gare Montparnasse avec une dame et plusieurs enfants l'accompagnant. Le 27 mai 1943, Ketty la demi-soeur de Sylvain, est arrêtée dans les rues de Paris par des miliciens. Ils passent à son domicile chercher sa maman et les conduisent toutes les deux à Drancy. Recherchant Sylvain et le sachant caché, ils demandent à la concierge de leur fournir les courriers qu'elle pourrait recevoir. Mes parents informent Valentine et Eugène et leur demande de ne plus écrire. C'est à partir de ce moment là que j'ai régulièrement tenté de rendre visite à Sylvain, tous les 3 mois environs, de 1943 à 1945. Mes visites à la Longraie étaient compliquées car j'étais caché à Lyon et je voyageais sous une fausse identité, de Lyon je devais passer par Paris et prendre un train pour Laval. De Laval, je 18-mai-1944-chez-paillard.jpgprenais ensuite un car qui passait par Mayenne puis Oisseau pour arriver à Saint Mars sur la Futaie où le père PAILLARD venait me chercher en carriole avec la "Charmante" pour me conduire à la Longraie. Il m'est arrivé aussi de prendre un petit train qui passait par Gorron puis je finissais mon parcours à bicyclette que j'emportais toujours avec moi.

          A cette époque, la Mayenne étant en pénurie de gros sel, il m'arrivait d'en apporter 20 kg dans mes valises, depuis Lyon pour tuer le cochon. La famille PAILLARD, consciente de la difficulté à se ravitailler dans les villes a toujours veillé à bien me nourrir durant mes séjours chez eux et à me donner quantité de nourriture à mon départ. Ma tante Estrella et ma cousine Ketty furent déportées par le convoi 55 du 23 juin 1943 et ne sont jamais revenues.

        124 La première fois que j'ai rendu visite  à Sylvain à la Longraie, je l'ai trouvé radieux et à chacun de mes passages suivants, j'ai toujours été bien reçu par Valentine et Eugène PAILLARD. Sylvain était choyé tant par eux que par leurs enfants Marguerite et Victor qui le considéraient comme leur petit frère, l'entourant de beaucoup d'affection et de tendresse. En avril 1945, le père de Sylvain fut libéré du camp où il était prisonnier et nous sommes tous les 2 allés le voir à la Longraie. Nous l'avons laissé terminé son année scolaire puis il rentra à Paris où il fut pris en charge par l'OSE dans l'attente que son père se réinsère dans la vie active. Grâce à la générosité de Valentine et d'Eugène, Sylvain a pu vivre une longue et belle vie à Paris. Il a aujourd'hui 80 ans et vit dans le sud de l'Espagne. Il vous prie de l'excuser de son absence pour cause médicale et m'a demandé d'exprimer aux descendants  de la famille PAILLARD toute sa reconnaissance.

          Je tiens à associer à cet hommage, toutes les familles de Mayenne et de France qui, au péril de leur vie et celui de leur famille entière ont sauvé des enfants innocents pourchassés et condamnés à mort  par les Nazis pour le simple fait qu'ils étaient nés Juifs.......

          Extrait de l'allocution d'Ido BROMBERG ( Directeur des Relations Publiques de L'Ambassade d'Israël en France)

         Dsc 0056 ..... Les Justes nous rappellent que le courage se trouve surtout chez des êtres ordinaires qui ont accompli des actes extraordinaires.

          ....... La Médaille des Justes parmi les Nations, est la plus haute distinction de mon pays. Il ne s'agit, ni d'une récompense, ni d'une décoration, mais simplement d'un témoignage de gratitude et de reconnaissance éternelles.

          Au nom de l'état d'Israël, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, j'ai le grand honneur de remettre la Médaille de Justes parmi les Nations, à titre posthume à Eugène et Valentine PAILLARD pour avoir sauvé la vie de Sylvain ALGAZI.

          Discours de Gisèle Le GODAIS,  représentant les petits-enfants

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              En ce jour, Martine, Gilbert et moi-même avons une pensée pour nos parents : Lucienne et Victor.

          En 1942, nos grands-parents, Valentine et Eugène, ont accueilli au risque de leur vie Sylvain ALGAZY à l'âge de 7 ans à la ferme de la Longraie. Cet acte de bravoure, tant d'autres familles l'ont fait, nous devons le garder en mémoire.

          Merci à Alexandre HADJES, cousin de Sylvain, qui est à l'origine de cette manifestation et qui nous a apporté beaucoup de témoignages ainsi que des photos.

          Nous remercions le comité YAD VASHEM pour les démarches entreprises, Raymond JUIN et les membres de Mémoire et Patrimoine ainsi que toutes les personnes présentes.

          Christine LAGREVE, membre de l'Association Mémoire et Patrimoine, a lu le poème des Justes.

          La chorale du Bocage Mayennais a interprété le chant " Nuit et Brouillard".

          Monsieur Favennec, député a pris la parole.

          Madame CERASI GIORDANIE a pris la parole.

          Puis l'Harmonie de Landivy a interprété les Hymnes Nationaux " La HATICVA puis la MARSEILLAISE ".

          Clôture de la cérémonie par Patrick LEMAITRE.

 

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Date de dernière mise à jour : 2015-12-04 20:10:12