Arrestation de Raymond Derenne

        Photo raymond derenne oct 1944 Le 5 décembre 1943 vers 17 heures, Raymond Derenne était arrêté à son domicile, place de l'église à Fougerolles du Plessis, par des éléments de la police spéciale de la milice ( S.P.A.C ).

         Les bras entravés dans le dos, il était transféré immédiatement à Rennes, au centre de police près des jardins du Thabor puis à la prison centrale Jacques Cartier. Enfermé dans la cellule 91, il connait la salle de torture située dans les sous-sols de la prison : la " salle des friandises " redoutée de tous les résistants bretons. En janvier 1965, il écrivit pour le journal " Mayenne Eclair " l'article qui suit. Il le signa René Dupuis ( sa fausse identité en 1944 )

Prison jacques cartier ensemble

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                                           Cellule 91 - Prison Jacques Cartier

                                                  Souvenirs d'il y a 20 ans

 

          Quatre coups sur le tuyau du chauffage central nous alertent. Un camarade se place devant le mouchard, un autre ouvre la trappe de canalisation et écoute. C'est le téléphone que connaissent bien ceux qui ont été internés et qui fait qu'une nouvelle, vraie ou fausse, fait le tour de la prison en un temps record. On, nous fait savoir quà la cllule 77 un patriote a été roué de coups et qu'il est revenu ensanglanté. C'est le quatrième de mon groupe qui passe à la torture dans la salle du sous-sol de la " Jacques Cartier " aux murs auréolés du sang.

          Mon tour approche et j'ai peur des souffrances, et peur des coups, peur surtout de ne pas tenir et de parler. Les camarades de cellule savent que moi aussi je  serai interrogé et essaient de distraire mes pensées en parlant de leur activités et de leur espérences. La nuit dernière, dans la cellule 90, il y a un grand branle-bas. Nous avons entendu des bruits de serrures, des cris gutturaux, enfin tout s'est tu. Au petit matin  nous avons su : un résistant avait essayé de se soustraire à l'interrogatoire en se tranchant une veine. Au cours d'une ronde de nuit, les allemands l'on découvert baignant dans son sang et l'on mis hors de la cellule. Qu'est-il devenu ?

          L'après-midi se passe, la nuit tombe assez vite, c'est fini pour aujourd'hui. Je ne puis trouver le sommeil, avec l'obsession du lendemain. Par trois fois, nous avons la visite des allemands, comme toutes les nuits, bruits de bottes résonnant sur la promenade circulaire de la centrale et toujours le bruit de la porte de la cellule qui s'ouvre et qui se ferme, les aboiements des gardes chiourmes qui avec leurs " AUFTEIN " et leur " SCHNELL " font ce qu'ils peuvent pour nous empêcher de dormir. Le jour pointe. Sera-ce pour aujourd'hui ?  Lanlo chante comme chaque matin pour se donner du courage et le faire partager aux autres. Le Guillou se met à genoux et les bras en croix commence à réciter les cinq chapelets que chaque jour il égrène. Du bruit à l'extérieur - la porte s'ouvre - un nom " DUPUIS " ! C'est moi. Un regard circulaire aux camarades, j'entends faiblement " bon courage ". Deux allemands me prennent en charge et me bousculent. Je reçois des coups de poings et des coups de pieds et j'arrive ainsi dans la salle où se trouvent les sbires de Vichy. Ils sont sept, attendant leur proie, avec en face de moi un projecteur qu'ils allument et éteignent à leur gré et que je dois regarder.

          Cela commence mal, car on me présente un camarade qu'ils ont vraiment massacré et... qu'ils ont fait parler. On me pose la question relative à mon groupe de résistance et surtout, ce qu'ils veulent savoir, c'est l'endroit où se cache le chef. Je réponds évidemment que je n'en sais rien.  

         Les bourreaux se lèvent, on me met les menottes et, avec deux ou trois SS qu'ils ont récupérés, nous descendons dans le sous sol de la " Jacques Cartier " vers cette salle de torture que je redoute tant. Il faut monter sur la table et m'allonger sur le ventre. On enlève mon pantalon, un allemand tire sur la jambe gauche, un autre sur la jambe droite. Un madrier est posé entre la table et le sol et s'appuie sur les menottes pour tendre mon corps et le véritable interrogatoire commence.

          Un colosse enlève sa canadienne et prends le nerf de boeuf. Ah mon Dieu ! Que cela fait mal, je crois que mon corps va se couper en deux. Et les coups tombent et pleuvent sur les fesses, sur les reins, sur le dos. Je ne tiendrai jamais. Ils arrêtent et me repose toujours la même question. Je répéte que je ne sais rien. Ils me parlent de mon frère et des camarades, je ne sais rien... je ne sais rien. Ils recommencent à frapper et me demande où j'ai camouflé quatre antifascistes Italiens notoires. Comme cela ne porte préjudice à personne, je réponds par l'affirmative. Alors on me demande les noms. Une nouvelle fois, et pour cause, je réponds que je l'ignore. Alors là on me met la tête dans un sac pour empêcher mes hurlements d'importuner les bourreaux et, cette fois c'est un allemand qui frappe comme pour me tuer.

          C'est fini. Le gardien me porte presque dans la cellule, et là, mes camarades enlèvent chemise, pantalon et pullover et, devant ce corps labouré par les coups, eux qui sont des durs ont les larmes aux yeux. Ils me tamponnent avec de l'eau froide, ce qui me soulage un peu.

          Cela se passait le matin, l'après-midi, l'interrogatoire a repris. Comble d'ignominie, après la schlague, l'humiliation. Ils me font faire à genoux le tour de la table et chacun d'eux marquait son passage par un coup de pied ou un coup de poing. Je ne puis plus marcher, mais ma satisfaction est grande, car je n'ai pas parlé. Les camarades peuvent être tranquilles et continuer leur action. A deux reprises encore, le lendemain, je devais revenir vers ce lieu de supplice. Mais les coups qui tombaient étaient moins douloureux, j'avais le corps noir et boursouflé du bas du dos aux genoux.

         Peut-être étais-je moins sensible à la douleur. Pendant le troisième interrogatoire, cependant, je suis tombé sans connaissance et je me suis réveillé dans ma cellule où m'avaient jeté, paraît-t'il, les allemands.

          Ils ne sont jamais revenus, mais je savais maintenant que je tiendrais   quoi qu'il  advient et je réfléchissais à ce vers du poète :

                             " Nul ne se connaît bien que lorsqu'il a souffert "

          Ce soir-là, il y eu un départ d'un groupe de patriotes pour la déportation, mais la "Marseillaise" qui les salua, chantée à tue-tête dans toutes les cellules fut pour moi le plus doux réconfort.

                                      René Dupuis  ( Raymond Derenne )

 

          Raymond Derenne fut transférè à la prison de Laval. Ayant bénéficié de complicité dans l'administration préfectorale, son frère Julien fit réaliser de faux papiers qui permirent son évasion le 9 juin 1944.

Fausse carte identite raymond derenne recto 1

          Etant recherché par la sécurité militaire allemande d'Angers, il dut se cacher dans la région de Fougerolles du Plessis.

  

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Date de dernière mise à jour : 2015-09-22 15:51:25