Hommage à Bob Sanders

                                                  Hommage à un soldat  Américain.

           des-fougerollais-font-la-fete-aux-americains.jpg Fougerolles du Plessis vient d'apprendre le décès de Bob Sanders, il est mort dimanche 13 octobre 2013. Il fut le premier soldat de la 90 th division d'infanterie de la 3éme armée du Général Patton à traverser Fougerolles du Plessis, en éclaireur, le 4 août 1944, pour atteindre Désertines, ce fut le début de la délivrance pour notre région. Avec ses camarades, il venait libérer la France. Débarqué à Omaha Beach le 22 juin 1944, alors qu'il allait avoir 20 ans, il a traversé la Normandie, puis la Mayenne pour repousser l’ennemi jusqu'en Allemagne.

 Scan070 003         Voici 9 ans, le 4 octobre 2004, les communes de Fougerolles du Plessis et Désertines accueillaient Bob Sanders et sa famille. Lors de son passage à Désertines, le 5 août 1944, Bob Sanders avait fait la connaissance d'Alfred Guilloux, instituteur et secrétaire de mairie. Ce dernier, lui écrivait quelques mois plus tard aux États-Unis pour le remercier, lui et ses camarades,et lui adresser des photos. C'est au printemps 2004 que sa fille, Lisa-Ann découvrait l'album et les lettres. Elle est alors venue à Désertines et dans la région pour retrouver le passé de son père. Ravie par l'accueil qui lui a été réservé, elle a organisé un voyage avec son père. C'est en héros qu'il a été reçu, aussi bien à Désertines qu'à Fougerolles. Surpris par l'accueil chaleureux, il déclarait avec beaucoup d'humour " J'étais un simple soldat et je suis reçu comme un Général" . Depuis cette rencontre, il ne cessait de parler aux médias Américains de son " pèlerinage en France" et de l'amitié indéfectible de la France et des États-Unis.

          L'hommage que Fougerolles et Désertines rendent à Bob Sanders s'adresse également à tous ces milliers de jeunes Américains venus de leur lointain pays, pour que nous puissions vivre libres et en paix.

                                                   L'Association Mémoire et Patrimoine de Fougerolles du Plessis

 

    Scan070 001       Le 4 octobre 2044, la commune a eu la joie de recevoir Bob Sanders avec sa famille. Le matin, le conseil municipal lui a rendu hommage à la Mairie et l'après-midi, Bob Sanders a rencontré les enfants des écoles et leur a raconté son long périple, répondant très aimablement à leurs nombreuses questions . En fin de journée il a était accueilli par la population à la salle polyvalente où il est arrivé dans une jeep de l'époque.

          Pour cette occasion Roger Lestas maire de Fougerolles a prononcé le discours suivant :

          C'est avec une profonde émotion que nous accueillons aujourd'hui Monsieur Bob Sanders, le soldat occupant la première Jeep de l'Armée Américaine arrivée en reconnaissance le 4 Août 1944 dans notre commune.

      Au nom de toute la population, je suis heureux de vous souhaiter à vous-même, votre épouse et votre famille des souhaits de bienvenue déférents, les plus chaleureux, empreints de reconnaissance d'une profonde vénération.

       Pour ce soixantième anniversaire de la libération nous ne pouvions espérer un plus beau cadeau que votre présence Monsieur Bob Sanders dans une commune qui a particulièrement souffert de l'occupation ennemie. Personnellement, j'avais 12 ans à cette époque et habitais Désertines, où vous serez reçu demain par mon collègue Francis Vilette qui nous a fait le plaisir d'être parmi nous aujourd'hui. Vous y étiez le lendemain matin, apportant également l'espoir d'une vie meilleure. La ferme de mes parents étant à 2 Kms du bourg, je ne pus vous accueillir car à cette période difficile les risques étaient importants et il fallait éviter de s'éloigner.

         C'est avec les courriers que vous aviez entretenus avec Monsieur Guilloux, devenu Maire en 1945 et 1946, que vous avez pu remonter jusqu'à nous par l’intermédiaire de votre fille et de son ami Monsieur Finas, ce qui nous a permis de faire votre connaissance et honorer le premier soldat libérateur de la commune. En effet, votre interlocuteur fut mon instituteur plusieurs années, puisqu'il assumait en même temps le secrétariat de mairie. Les photographies qu'il nous avait transmises, et qui étaient jointes à votre dossier, m'ont permis de reconnaître un ancien commerce devenu depuis la mairie, et à proximité, sur la place de l'église, la façade d'un café et l'entrée d'un voisin qui était un sabotier.

        Si bien sûr, les Fougerollais vous accueillirent très certainement avec une grande joie, mais sans liesse, c'est que sept jours plus tôt, le 28 juillet, l'occupant avait fait rassembler tous les hommes sur la place du village et 14 d'entre eux, soupçonnés d'appartenir au réseau de résistance local, furent arrêtés et emprisonnés, ce qui fait que la population vivait la plus grande inquiétude, n'ayant aucune nouvelle de ceux-ci. Si quatre d'entre eux furent libérés quelques jours plus tard, six se trouvèrent déportés en Allemagne jusqu'en mai 1945 et quatre furent fusillés et ensevelis dans une carrière en forêt de Mortain. C'est dire que le moral était au plus bas.

        Jamais le terme d'ami, je crois, n'aura été mieux employé que dans les circonstances qui nous réunissent ce soir pour la commémoration de la libération de notre cité dont vous avez été le premier artisan. C'est en effet dans la peine et dans les épreuves que l'on reconnaît ses amis véritables. La France, dans les années noires d'occupation, humiliée par la défaite, démoralisée par les trahisons, troublée par une propagande qui n'en était pas à un mensonge près pour diviser non seulement les pays alliés, mais même les Français entre eux, la France avait besoin de pouvoir compter sur des amis véritables, et nous ne faisons que notre devoir en vous témoignant aujourd'hui que nous n'oublions pas vos sacrifices, et que notre amitié vous est acquise, profondément et définitivement.

         C'est d'abord un pèlerinage de reconnaissance qui nous conduit à vous accompagner dans votre visite, nous savons que vous venez ici, moins pour commémorer une fête qui, après tout est la nôtre, la fête de la liberté retrouvée, que pour nous recueillir sur la sépulture de ceux de vos compatriotes qui reposent dans les cimetières, près des plages du débarquement et plus près d'ici à Saint-James. Nous n'oublions pas leur sacrifice, nous tenons à vous accompagner, silencieusement et fraternellement, dans votre douloureuse démarche, comme un ami accompagne un ami dans la peine. Mais bien des années ont passé, déjà, depuis ces épreuves que nous avons traversées ensemble.

         J'ai parlé tout à l'heure de vos compatriotes pour parler de vos morts qui reposent chez nous, et nous pouvons lire sur leurs tombes que souvent ils n'avaient guère plus de 20 ans, c'étaient en majorité les jeunes, vous-même aviez, je crois, 19 ans, et tous vous aviez volé à notre secours. Bien sûr, aujourd'hui, votre visite a toujours le même sens, les frères et les compagnons d'armes sont encore nombreux. Pour nous vos morts sont restés en quelque sortes des enfants, arrêtés dans une éternelle et héroïque jeunesse, tels qu'ils nous sont apparus alors. Il ne vous sera pas indifférent, je pense de savoir comment nous les voyions alors, des libérateurs. Les premiers d'entre eux ne sont pas arrivés dans une armée en marche. Ils nous sont tombés du ciel, parfois des années avant que la libération pour laquelle ils combattaient, triomphe vraiment.

      Scan070    L'aviation alliée était la seule preuve concrète, visible, que nous n'étions pas définitivement vaincus, que la guerre continuait et que nous pouvions garder une espérance de liberté. Nous voyions passer des centaines d'avions, très haut dans le ciel, dans un bruit de grandes orgues. Mais parfois l'un d'entre eux était touché, il descendait, fumant et hurlant, et alors la guerre devenait soudain proche, personnelle, parce que, nous le savions, dans cet avion, il y avait cinq ou six de vos enfants qui tombaient interminablement, sous les yeux de tout un peuple rempli d'angoisse et d'espérance. Et puis, sont venus des combats mieux connus de l'histoire, des évènements plus faciles à enregistrer, parce qu'ils s'appuient sur des lieux et des dates connues de tous. Le monde entier a entendu parler du 6 juin 1944 et du débarquement en Normandie, la plus vaste opération de ce genre jamais entreprise.

         Mais pour vous, qui en étiez l'un des acteurs, cette page d'histoire n'est pas qu'une épopée. C'est une page sur laquelle sont inscrits bien des noms, qui sont ceux de vos familles. Nous ne reconnaissons pas toujours dans ces listes de numéros de régiment, dans ces dénombrements de divisions, dans ces décomptes de tonnage de matériel et de munitions, mais nous reconnaissons entre nous les même émotions. Aussi poignants que soient nos souvenirs, nous n'allons pas nous laisser aller à la tristesse. La meilleure manière de célébrer nos disparus, c'est de continuer leur œuvres, ce n'est pas non plus pour entretenir un culte, c'est pour maintenir vivante, une amitié sur laquelle nous savons maintenant pouvoir compter, quelles que soient les circonstances, qui a fait ses preuves dans l'adversité, mais qui était née et s'était consolidée à cause d'une profonde identité entre nous.

         Nous avons été alliés pendant la guerre et nous ne l'oublions pas car  nous étions déjà amis, avant. Nous sommes décidés à faire bon usage de notre liberté reconquise, à vrai dire, elle n'aurait pas de sens, si elle nous permettait seulement de nous refermer frileusement sur nous-même. Au contraire, par des échanges continuels, nous faisons plus que bâtir un avenir commun et pacifique, ce qui pourtant ne serait déjà pas mal. Avec vous, nous cultivons, en ces jours de pèlerinage et d'anniversaire, le souvenir des nôtres qui sont tombés. Mais nous vous invitons aussi à célébrer avec nous, dans la joie, le souvenir de notre libération. Ces embrassades folles, dans le vacarme de la bataille, et le goût des larmes qui ont accueilli vos années naguère n'étaient pas autre chose, après tout, qu'une explosion de tendresse véritablement familiale. L'élan de ces démonstrations était à la mesure de nos souffrances, il paraîtrait peut être un peu excessif aujourd'hui.

         Permettez-moi cependant, Monsieur Bob Sanders, au nom de toute la population et en souvenir de ce passé commun, de vous embrasser, comme c'est la coutume chez nous, lorsque nous retrouvons nos meilleurs amis.

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          Discours de Bob Sanders traduit en Français

 

          Je ne suis pas venu ici depuis 1944. Cette fois ci, c'est mieux, car il n'y a pas d'Allemands qui tirent sur moi. Je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui et je voudrais vous présenter quelques membres de ma famille. A côté de moi, ma femme Betty. Nous sommes mariés depuis 50 ans. Grâce à elle je suis toujours en vie et présent parmi vous aujourd'hui. Je l'aime beaucoup. La jeune femme qui fait la traduction en Français pour vous est ma fille, Lisa-Ann. A côté de Lisa-Ann, vous avez son ami Dominique et, il est également mon ami, et l'idée de faire cet événement vient de lui. Nous avons aussi un fils qui s'appelle Clarke, lui et sa femme sont les parents de mes trois petits enfants : Gina 16 ans, Miles 11 ans et Emily 8 ans.

          Monsieur Alfred Guilloux, le secrétaire général de la ville de Désertines, m'a écrit deux lettres, une première en 1945 et une seconde en 1946. dans sa première lettre, il me disait " j'espère que Dieu vous accordera une longue vie, ainsi vous pourrez raconter à vos petits enfants comment ce fut pour vous et comment les enfants de Désertines, qui ont posé pour la photo autour de vous, ressentirent votre arrivée parmi nous."  Je suis heureux de pouvoir dire que Dieu m'a donné une vie longue et que je peux raconter à mes petits enfants ces évènements sur Désertines en 1944 et maintenant aujourd'hui.

          Quand les Japonais ont attaqué Pearl Harbor à Hawaï, plongeant les Américains dans la guerre en décembre 1941, j'avais 18 ans et j'étais lycéen en terminale. Je venais d'une ville de 6000 habitants, Tuscumbla dans l'état d'Alabama avant d'être obligé de m'incorporer dans l'armée Américaine au début de 1943. Ma formation préliminaire s'est passée à Fort Knox dans le Kentucky et, en avril 1944, je suis parti pour New York, puis ensuite pour l'Europe à bord d'un navire civil qui s'appelait l'Aquatania, converti en transport de troupes militaires pendant la guerre. Nous étions au courant que nous partions pour l'Europe, mais nous ne savions pas où.

          Je suis arrivé en Écosse dans la ville de Gourouc et tout de suite j'ai été envoyé dans le sud de l'Angleterre où j'ai passé 6 semaines. Après le débarquement du 6 juin 1944, beaucoup de soldats Américains ont disparu, et j'ai été envoyé pour remplacer un de ces soldats. Les forces Américaines avaient déjà pénétré d'environ 12 kilomètres à l'intérieur de la France quand j'ai débarqué sur la plage d'Omaha le 22 juin. Est-ce que j'avais peur ? Biensûr que oui, mais nous avions tellement de travail, que nous n'avions pas beaucoup de temps pour penser à notre peur.

          Un de nos premiers objectifs était de libérer la ville de Saint lô et je me rappelle que nous sommes passés à Falaise, Argentan...Malgré le fait que j'étais formé pour conduire des chars, dès que je suis arrivé en France, j'ai été transféré dans l'infanterie, où les besoins de troupes fraîches étaient les plus importants. Je fus incorporé dans la 90th division d'infanterie faisant partie de la 3éme armée commandée par le Général George S. Patton, j'avais 19 ans. J'étais mis dans une section d'éclaireurs de l'armée Platoon. Nous étions 12 hommes en 3 voitures, 4 hommes pour chaque voiture.

           J'ai célébré mon 20éme anniversaire le 31 juillet 1944, je devais être près car nous sommes arrivés à Désertines et Fougerolles du Plessis le 4 et 5 août. C'était à ce moment que j'ai rencontré et échangé mes coordonnées avec Monsieur Alfred Guilloux. Une de nos tâches comme éclaireurs était de garder le contact avec l'ennemi. De temps en temps les Allemands se retiraient sur un ou deux kilomètres pendant la nuit pour rétablir une nouvelle position défensive. Nous, les éclaireurs étions envoyés le matin pour les trouver : soit nous nous avancions jusqu'à ce que nous pouvions les voir, soit ils commençaient à tirer sur nous.

          Notre rôle n'était pas de nous engager dans le combat, mais juste informer nos troupes " ils sont là-bas, juste après la deuxième colline". Nous avons chassé l'armée d'Hitler dans toute la France et puis après en Allemagne. Nous avons traverser beaucoup de petites villes comme Désertines et Fougerolles du Plessis. Partout où nous avons eu l'occasion de les rencontrer, les Français nous ont acclamés et nous ont  accueillis très chaleureusement, et nous étions très reconnaissants de cette accueil. Si on restait dans une ville plus d'une journée, quelquefois les villageois organisaient une fête pour nous. nous n'étions pas chez nous, mais les Français ont essayé de nous recevoir comme chez nous.

          Il y avait toujours beaucoup de cidre, et j'ai goûté le champagne et le calvados pour la première fois dans un de ces petits villages. C'était bon de dormir dans un endroit qui n'était pas un trou dans la terre et de manger quelque chose différent que les "boîtes de rations" de l’armée. Dans un village, peut-être Désertines ou Fougerolles, nous avons acheté de la nourriture à un fermier. Je me rappelle que la femme du fermier a emballé le beurre dans une feuille de choux. Elle m'a demandé combien de kilos de beurre je désirais : j'ai répondu "trois kilos". Avec ses yeux et sa bouche bien ouverts, elle m'a crié "trois kilos?". Je ne savais pas ce que représentait un kilo ( je croyais qu’un kilo équivalait à 250 grammes). Nous avons aussi acheté un poulet. Un de nos camarades disait qu'il savait cuisiner le poulet, mais il avait besoin d'un oignon. Comme je parlais au moins quatre mots de Français, j'ai été désigné pour chercher l'oignon. J'ai frappé à la porte d'une maison et une femme a répondu. J'ai dit "avez-vous un oignon?" Elle ne comprenait pas mon Français. Après avoir essayé de bien prononcer le mot oignon, j'ai essayé de lui faire comprendre avec mes gestes. Tout à coup, elle m'a dit "Ah oui, un oignon". Elle m'a donné l'oignon et tout le monde était content.

         Nous avons traversé la France : Le Mans, Fontainebleau, Metz. Nous sommes entrés en Allemagne où j'ai fêté Noël 1944, à Buren. Vers janvier 1945, je suis tombé malade, avec une pleurésie. L'immobilité dont je souffre aujourd'hui n'est pas le résultat des incidents de la guerre. J'ai été envoyé à Paris, dans un hôpital où je suis resté à peu près une semaine avant de retourner aux États-Unis. C'était mon premier voyage en avion. C'était en janvier 1945. A mon arrivée aux États-Unis, j'ai passé deux mois à l'hôpital pour soigner ma maladie, la pleurésie, ensuite je suis rentré à l'université.

        a-young-bob-sanders-c-1948-florence-alabama-001.jpg J'ai étudié pour être présentateur à la radio. J'ai rencontré le succès dans ce métier où j'ai travaillé dans plusieurs villes aux États-Unis, dont Saint Louis où j'ai rencontré et épousé cette charmante femme avec qui nous avons eu deux enfants formidables. Betty, ma femme, avait étudié pour devenir actrice et quand nous étions à Chicago, elle m'a rejoint pour faire une émission ensemble. Notre carrière ensemble a duré 20 ans. Nous avons présenté notre émission à la radio à Chicago, New-York et Misconsin au nord de Chicago.

           Depuis notre retraite, elle m'a bien soigné et elle m'a beaucoup aidé à être parmi vous aujourd'hui, et c'est un grand plaisir d'être ici.

           Je voudrais remercier Monsieur le Maire, Roger Lestas, qui m'a invité pour raconter mon histoire, j'étais un simple soldat, vous me recevez comme un Général !

           Je vous aime tous !

 

        

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Date de dernière mise à jour : 2015-09-03 20:12:22