Funérailles des Fusillés

          FUNERAILLES DES FUSILLES à FOUGEROLLES, LE 1 SEPTEMBRE 1944

 

                                          Fougerolles du Plessis émouvante cérémonie

              4500 personnes assistent aux obsèques de cinq héros mayennais

 

         003 1 Le 28 juillet dernier un détachement allemand opérait une grande rafle à Fougerolles du Plessis et après avoir  découvert 20 tonnes d'armes et de munitions arrêtait 14 hommes et jeunes gens de la commune dont beaucoupde F.F.I.

          Le 28 août,le domestique du château de Bourberouge, près de St Jean du Corail (Manche) découvrait dans une carrière de la forêt, les corps de 5 fusillés dont 4 furent identifiés comme étant ceux de Julien Derenne, chef des F.F.I fougerollais, Victor Fréard, François Genevée et François Bostan. Les pauvres corps mutilés furent transportés à Fougerolles où l'inhumation eut lieu le vendredi 1er Septembre. Une assistence évaluée à 4500 personnes avait tenu à manifester sa sympathie aux héros de Fougerolles et à leurs familles.M. le Préfet de la Mayenne et Mgr l'Evêque de Laval donnaient un caractère plus officiel à cette très  émouvante cérémonie.

         002 A l'absoute, Mgr Richaud prononça une brillante et émouvante cérémonie allocution,exaltant l'héroïsme de ces quatre victimes de leur idéal et de leur foi.

          Au cimetière, ou une petite partie seulement de l'assistance avait pu prendre place, le camarade F.F.I Linais parla de tout son coeur. Il exalta devant la foule l'exemple sublime de ses héros obscurs, demandant ensuite à ses camarades de continuer la lutte jusqu'au bout pour la délivrance de la France ainsi que l'avaient fait leurs amis fusillés.

          M. le Préfet qui avait tenu à assister à cette cérémonie, en tant que représentant du Général de Gaulle, fit comprendre à la foule en termes choisis, que ces quatre héros rejoignaient la phalange innombrable de tous ceux qui depuis des siècles luttent et meurent pour un idéal : la liberté de la Patrie.

                                  Source : Ouest France du 4 septembre 1944004

 

                                          Allocution de Jules Linais, prononcée au cimetierre

 

                       DERNIER HOMMAGE AUX CAMARADES F.F.I

          

        007 Nous voici donc arrivés au terrible moment où il va falloir nous séparer pour toujours. Avant de vous rendre ce dernier devoir, revivons ensemble nos heures de labeur et vos instants de souffrance. Je te revois mon petit Bostan, déjà héros de l'autre guerre, trois fois cité, je me rappelle de tes conseils de prudence et de ta volonté de sacrifice. ils peuvent me tuer,  je ne parlerai jamais, ils ne m'auront pas. Ils t'ont eu pourtant, mon vieux, ils t'ont fracassé ta pauvre tête bretonne. Tu n'as pas parlé, mais qu'importe à ces assassins.

          Ils t'ont eu toi aussi mon pauvre François Genevée qui était venu si gentiment à nous, qui n'hésitait pas à cumuler sur toi les risques si durs portant du camouflage des armes et qui rendait tant service à la cause.

          Et toi mon gentil Victor Fréard dont chacun connaissait le calme souriant, toi qui avais assisté comme acteur à tous les épisodes de notre lutte, qui avais recueilli, hébergé, soigné tous ceux qui comme toi et au-dessus de nous tous travaillaient à la délivrance.

         Ils vous ont assassinés mes chers camarades et pour que leur vengeance soit complète, sans savoir l'honneur qu'ils nous faisaient, ils vous ont joint celui dont la figure domine cette cérémonie,comme elle dominait notre groupe, Julien Derenne, celui qui nous guidait avec tant d'impétuosité, de jeunesse et de vie.....

          Faisons un pas en arrière, je te revois, toi Julien, mon chef, mon frère, notre frère dans le combat. Oh ! Je sais que tu connaissais bien tous les risques qui t'attendaient, que tu avais volontairement sans arrière-pensée le sacrifice de cette vie ; mais tu vas me manquer, comme vous allez me manquer mes chers compagnons de lutte...

          Et toi, mon cher Victor, tu as du aussi voir ta femme du haut du ciel des braves où vous êtes tous, prenant ses enfants sur ses genoux leur disant : "mes pauvres petits nous n'avons plus de papa". Si ils ont encore des papas les enfants des fusillés, si elles ont encore des fils, des frères, ces mamans, ces soeurs  des martyrs de la cause Française...

          Mes amis, vous qui êtes venu si nombreux et de toutes parts pour accompagner nos camarades à leur dernière demeure, soyez remercié du fond du coeur...

          Avez-vous quelquefois réalisé la grandeur du sacrifice librement consenti de ces héros, ce sacrifice qu'ils avaient accepté à l'avance ;avez-vous songé un instant que la mort terrible de ces compagnons avait pu vous protéger contre la haine de l'occupant.

          Vous n'avez sans doute jamais songé que ce sacrifice de plusieurs avait pu éviter à une bonne partie de la région la destruction et les représailles allemandes, vous n'avez sans doute jamais pensé que le sacrifice des hommes du groupe de Résistance organisée de Fougereolles avait pu peser dans la balance du commandement de secteur allié et éviter l'évacuation d'une partie de notre territoire mayennais.

          Pensons aux absents,à nos F.F.I prisonniers, à nos déportés d'Allemagne, relevons nos épaules, nous n'avons pas fini, redressons la tête, gardons leur image et continuons pour notre seul but, pour la Patrie, sans nous soucier des embûches, des critiques. Regardons ce ciel d'où certainement nous viendra la Victoire.

          Madame Derenne, mon cher Raymond,

          Madame Fréard, Madame Genevée,

          Vous savez bien que je parle du fond de notre coeur à tous : nos compagnons vivront toujours pour nous.

          Mon petit Bostan

          Mon vieux Victor

          Mon cher François

          Et toi Julien mon frère,

          S'il le faut nous vous rejoindrons.

          Alors pas d'adieu, au revoir.

                                                      Jules Linais 001

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Date de dernière mise à jour : 2015-09-03 20:16:23