FOUGEROLLES DU PLESSIS : 28 JUILLET 1944

          Dans son livre : La Résistance Fougerollaise Jules Linais écrit " Cette journée restera profondément gravée dans le coeur des Fougerollais .... Encerclement du pays, rassemblement des hommes de 16 à 50 ans .... Arrestation de 14 d'entre eux, poursuite, coups de feu, découverte du grand dépôt d'armes de 15 à 18 tonnes, visites, fouilles de maisons, interrogatoires, incendies. Cette bourgade de Fougerolles, si paisible à l'ordinaire, allait-elle disparaitre sous les coups de la barbarie allemande. Comment ne pas songer au sort de Maillé, d'Oradour sur Glane ?

          Nous frissonnons, en songeant aux centaines d'hommes rassemblés sur la place de l'église. Ils se sont contentés de 14 d'entre eux. Quatre seront livrés à leurs balles et six connaîtront la déportation ".

                                      Mois, semaines, jours précédants.

         - Police et services de sécurités allemands : 

          Depuis le 16 juin 1944, la Feldkommandatur 722, la Feldgendarmerie et le Service de Sécurité ( S D) ont quitté Saint Lô et se sont installés dans le Mortanais.

                    - A Milly, au château du Coquerel : La Feldkommandatur 722

                    - A Saint Jean du Corail, au château de la Boissière : La Feldgendarmerie, le tribunal militaire et le S D ( Service de renseignement de la SS) avec Jünger alias Dufour et ses auxiliaires : le Français Le Noury et l'apatride Fernandez.

            - Forces militaires allemandes :

          Le haut état-major allemand prépare la bataille de Mortain . Nom de l'opération " Luttich". Il est prévu d'y engager 80 000 hommes. Objectif à partir du 31 juillet : couper le flux des armées alliées ayant percées le front allemand à Avranches et qui se dirigent vers la Bretagne et Paris. Parmi ces forces, la 2ème Panzer SS "Das Reich" positionnée au sud et à l'est de Mortain.

          Des éléments de cette unité interviendront à Fougerolles le 28 juillet 1944.

           26 juillet 1944, Le Teilleul : arrestation de 4 jeunes résistants fléchois :

          Dans son livre "Le Pays fléchois dans la tourmente" Daniel Potron relate leur version des faits : Le 17 juillet, à Fougerolles, 3 jeunes fléchois L.O, M.P, J.C. reçoivent leur armement plus celui destiné à A.W. Ensuite, ils se dirigent vers Saint Laurent de Cuves (Manche) et Champ du Bout (Calvados). 

           Les jours suivants, ils s'entraînent au maniement des armes sous le contrôle de Joseph Hilliou, chef du groupe FTP du lieu.

           Le 26 juillet L.O, M.P, J.C, A.W, sont arrêtés à Saint Patrice, près du Teilleul, ils sont conduits au château de la Boissière, à Saint Jean du Corail, où ils sont identifiés et fouillés par deux agents de la sécurité allemande. Ceux-ci trouvent un document compromettant leurs hôtes de Saint Laurent de Cuves. 

           A.W raconte :

                    " Le cauchemar commença là, nous subîmes de rudes interrogatoires menés par des officiers du S.D et de la S.S, assisté de deux agents en civil qui avaient participé à la fouille, il y avait aussi un important et redoutable agent qui se faisait appeler Dufour qui était en réalité le Feldwebel Jünger du S.D. Je pense qu'il a participé à notre arrestation et à l'opération de Fougerolles du Plessis, sous l'uniforme du S.D.

                 Dés le lendemain, le jeudi 27 juillet les arrestations commençaient. Les allemands vinrent chercher L.O.

                 Ce dernier, à son retour, nous apprit l'arrestation d'Arsène Paris, de son fils Marcel, de sa fille Renée, de sa nièce Hélène Olivier, de Roger Palaric et de deux déserteurs russes de la Wehrmacht (Saint Laurent de Cuves)

                 Le vendredi 28 juillet, même scénario que la nuit précédente. Les allemands vinrent chercher L.O, Il était de retour dans la soirée.

                 Il nous a appris que les allemands avaient monté une opération de grande envergure sur Fougerolles du Plessis, sous l'autorité des officiers du S.D et de la S.S."

       

  -27 juillet 1944 : le soir  

           Deux officiers des forces spéciales " Jedburgh", groupes " Guy" et "Gavin", arrivent en éclaireurs à Fougerolles : Cdt Carbuccia (France) et le Capitaine W. Dreux (Etats Unis).

            Ils ont étés parachutés à Courcité dans la nuit du 11 au 12 juillet. Leur objectif, gagner  Rennes pour participer aux futurs combats de la libération.

           Ils sont accompagnés par Louis Pétri, responsable interrégional des FTP, de deux agents de liaison : "Josette et Georgette" et de plusieurs maquisards bretons. Ils logeront dans des maisons situées place de l'église. Pendant la nuit, Julien Derenne se déplacera vers Gorron pour ramener à Fougerolles, les autres parachutistes des groupes "Jedburgh" : les Capitaines A. Duron (France), L. Trofimov (Grande Bretagne), les sous-lieutenants R. Groult et P. Valentini. (France).

           Dans les baraques du Panama (terrain de parachutage), un groupe volant de 4 hommes, spécialisés dans les attaques de convoi, est installé depuis plusieurs jours.

                                                                  Le 28 Juillet 1944 

      Carte fougerolles capture  

 - Bourg de Fougerolles

               - 6 h

          Les soldats allemands investissent Fougerolles, verrouillent les entrées du bourg et se répandent en campagne. Déjà la veille, leur présence est signalée dans les environs de Montfland où se trouve la cache d'armes principale.

               - 7 h

          M. Lebouc, maire, est interrogé :

          Trois allemands se présentent au domicile du maire de Fougerolles, l'un d'entre eux s'annonce comme officier de police d'état (Dufour ?) et l'interroge. Il lui demande de rassembler tous les hommes de 16 à 55 ans sur la place de l'église. 

          M. Lebouc lui répond que c'est impossible. A la mairie, sur une carte d'état-major, il lui montre que du fait de l'étendue de la commune, il est difficile d'informer les hommes de la campagne. L'officier allemand décide alors que seuls les hommes du bourg se rassembleront sur la place.

          L'alerte est donnée :

          La mission alliée, Louis Pétri, et une quinzaine d'hommes réussissent à s'enfuir, par le chemin des Grands Jardins et se regroupent près du village de l'Evay. Les agents de liaison " Josette et Georgette" s'échappent en vélo avec leurs équipements dont un poste récepteur.

          Lucien Boulet évite une rafale de pistolet mitrailleur. Louis Morin, visé par un soldat allemand, est tué à l'orée du bourg, près de la Provostière.

          Les armes sont cachées. Camille Liot enterre la mitraillette Sten de son frère Emile, dans le jardin familiale. Yves Moreau met à l'abri le revolver de Julien Derenne. Des sacs de pansements de guerre sont versés dans des fosses d'aisance.

          Les hommes aussi se cachent : Emile Liot et André Lory dans un conduit de cheminée d'une maison située rue de la Pologne, ils n'en sortiront qu'en fin d'après-midi. Jules Linais s'éclipse dans le cabanon en bois de son jardin, rue des châteaux.

          - 10 h :

          Presque tous les hommes sont sur la place de l'église, près de 300 défileront, l'un après l'autre, carte d'identité à la main, devant des sous-officiers installés dans une auto. M. Lebouc signale la présence d'un jeune homme, les mains liées, que personne ne connaît (le fléchois L.O ?) 

           -12 h :

          La majorité des hommes  a été contrôlée, il ne reste que les retardataires.

          - 13 h 30 :

          Dans une voiture allemande décapotée, Julien Derenne est amené sur la place de l'église.

  J derenne place eglisePlace de L'église, J.Derenne dans la voiture entouré de soldats allemands      

 - 14 h :

          M. Lebouc se dirige vers cette auto. Les soldats l'empêchent d'avancer. Il remarque que Julien Derenne a les mains liées. Il lui demande où il a été arrêté, un allemand intervient pour empêcher tout contact. Un officier prie le maire de rentrer dans l'église. Un carnet à la main, il l'interroge. " Connaît-il : Boulet Clément, Lemonnier Yves, Ledu Jean, Lainé Paul, Aveneau Emile, Gourdet Paul ?"

          Un signalement lui est précisé, M. Lebouc est convaincu que Jules Linais est recherché. Il élude la question. Sortant de l'église, le maire veut se diriger vers la voiture où se trouve Julien Derenne, de nouveau il en est empêché.

          Les maisons sont fouillées, perquisitionnées : celles de Jean Kerriou, percepteur, d'Yves Lemonnier, d'Emile Aveneau, de Lucien Boulet, de Paul Gourdet. Certains de ces hommes viennent d'être arrêtés au Bas Montclair.

          M. Lebouc doit accompagner les allemands au village d'Aubigné pour un contrôle au domicile de Jean Gandon. De retour à Fougerolles, l'officier allemand lui rend sa liberté. Partout des patrouilles allemandes, dans le bourg, en campagne, sur les routes et chemins.

          - 15 h :

          La voiture allemande décapotée se déplace de quelques dizaines de mètres de la place de l'église vers la cour proche de la maison Chassaing. Un allemand enlève les cordelettes de parachute liant les poignets de Julien Derenne. Ce dernier se restaure et change de vêtements.

          Une heure, plus tard, le véhicule quitte cet emplacement pour se diriger vers le taillis de Monfland. Plusieurs témoins notent qu'il fit le tour de la place de l'église, marquant un temps d'arrêt devant le domicile et l'atelier du prisonnier.

          - 17 h :

          La place est vide.

          Les événements du 28 juillet 1944 se déroulèrent dans le bourg devant de nombreux témoins libres de leurs mouvements. Les enfants et les adolescents en seront imprégnés à jamais.

          Montfland :

          -  6 h30 :

          Cinq voitures allemandes arrivent près de la ferme des Mottais. Joseph Gérouard, membre du groupe de Fougerolles, les voyant camoufler leurs véhicules et se déployer en tirailleur, met ses enfants à l'abri et se cache.

          Madame Gérouard est arrêtée et emmenée à la ferme d'Emile Landais qui a déjà été perquisitionnée. Ce dernier et son fils sont prisonniers. Elle est interrogée par un officier allemand puis ramenée chez elle par une douzaine de soldats. Une fouille de la ferme est organisée, malgré la présence proche de grenades et de pansements de guerre, ils ne trouvent rien. Les allemands quittent la ferme.

          - 17 h :

          Ils reviennent. Ils ont eu connaissance de l'activité de Joseph Gérouard dans le transport et le camouflage des armes.

          Mise en joue et simulacre d'exécution     

          En son absence, ils mettent en joue Madame Gérouard. Une mitrailleuse est installée face à elle ils veulent savoir où sont cachés les armes et les munitions. Un compte à rebours de 4 minutes est déclenché et ponctué de minute en minute . Le délai est passé sans aucun aveu. Madame Gérouard, d'un bond rentre chez elle.

          " Vilain avenir pour vous Madame, mourir tous au village"

          L'officier allemand l'a rejoint et l'avertit " Vilain avenir pour vous Madame, mourir tous au village" Les allemands vident la ferme de ses objets précieux et incendient avec des fagots de bois préalablement arrosés d'essence. A la nuit tombante, les flammes alerteront des chasseurs alliés en maraude qui mitrailleront les lieux.

          Le Bas-Montclair et Montcharray

   Capture ferme montclair     Ferme du Bas Montclair, les prisonniers furent alignés et mis en joue sur la partie droite de ce bâtiment     

 - 9 h :

          La ferme du Bas-Montclair est un dépôt d'armes, elles sont cachées dans la grange à foin avec de nombreux parachutes et containers. Informés de la présence des allemands, François Genevée et Albert Lebossé s'empressent de faire disparaître tous ces éléments compromettant.

          Les soldats allemands font irruption dans la cours de sa ferme, au moment où les deux hommes transportent dans une brouette un chargement de mitraillettes.

          Mission écourtée

          Parti dans la nuit pour convoyer 4 officiers des commandos " Jedburgh", Julien Derenne est informé, à Gorron, de l'encerclement de Fougerolles. Il décide d'écourter sa mission. Les parachutistes sont pris en charge par son cousin Paul Rossignol. Il rentre à Fougerolles. Sa connaissance des lieux lui permet de gagner la proximité du bourg sans difficulté.

          A 9 h, à partir de la digue de l'étang de Goué, Julien Derenne se dirige vers le dépôt d'armes accompagné par Yves Lemonnier et Clément Boulet. Passant par les fermes du Bois Vert, de la Bruyère , les trois hommes rencontrent Marcel Lemonnier et Victor Fréard qui les rejoindront, plus tard au Bas-Montclair. Ils continuent leur chemin, à l'abri des haies, par les gués de Chamossay et de la Thomassière. En ce lieu, Paul Gourdet et Léon Pelé se joignent à eux.

          - 11 h

         Le groupe de cinq hommes arrive au Bas-Montclair. Yves Lemonnier raconte : 

          Prisonniers 

               " A ce moment, nous sommes donc cinq et reprenons notre course vers la ferme de François Genevée. Le chemin très ombragé débouche dans la cour de la ferme, face aux bâtiments annexes de l'exploitation. A la perpendiculaire de ces bâtiments, il y a une autre construction sur notre droite qui n'est pas accolée à la longère, un passage pour une personne en permet l'accès de part et d'autre. Et c'est de là, de ce goulet, que tout à coup, sort le premier soldat qui nous met en joue en hurlant des mots inintelligibles.

          Je me retourne avec la brève intention de repartir en arrière mais deux soldats dégringolent des haies touffues. Cette végétation qui croyons-nous, nous protégeait, a été favorable aux allemands. Sur notre gauche, arrivent deux autres soldats, fusils pointés sur nous. Un autre soldat crie : <comme ça, comme ça> en mettant ses mains sur la tête.

          Nous sommes conduits vers la pièce où on nous attache par les poignets, les mains dans le dos, avec du cordonnet de parachute qu'ils ont trouvé dans le grenier à foin.

          Nous sommes prisonniers.

          Un officier nous identifie, l'un après l'autre : nom, prénom, âge, profession, domicile..."

          Peloton d'exécution

          Yves Lemonnier continue :

          " Après cette opération qui prend un certain temps, nous sommes alignés face au mur de la ferme, nous entendons clairement des ordres que nous ne comprenons pas mais que nous imaginons facilement. Derrière nous, nous entendons les soldats se mettre en place, mettre en joue, nous entendons le claquement des culasses. C'est fini ! Julien me dit <adieu>, il me tourne le dos, j'en fait autant vers lui, il me touche les mains et me dit < on crie Vive la France > "

          Un officier arrive en voiture dans la cour, sur son ordre le peloton se désunit.

          Yves Lemonnier poursuit :

          " L'officier qui vient de donner l'ordre  de stopper l'exécution :  a-t'il été informé de la capture de Julien Derenne, chef du groupe de la Résistance Fougerollaise et a-t'il voulu en faire son trophée ?

              Il emmène Julien dans sa 202 décapotée au bourg de Fougerolles. "

            - 12 h 30

         Marcel Lemonnier et Victor Fréard arrivent au Bas-Montclair. Ils sont aussitôt faits prisonniers.

           - 14 h 30

          Montcharray  est la ferme de Victor Fréard. Elle est située à près de 800 m de celle du Bas-Montclair. Entre les deux se trouve le terrain de parachutage du Panama.

          Quatre soldats allemands contraignent François Genevée à les suivre vers cette ferme. De loin, Madame Fréard les voit traverser le Panama. Arrivés à Montcharray, ils l'interrogent. Ils veulent savoir  où sont cachées les armes. N'étant pas satisfaits par les réponses, ils la ruent de coups devant ses deux enfants de 5 et 2 ans. Ils fouillent tous les bâtiments, renversant les meubles et les literies, ils ne trouvent rien.

          Ils se dirigent, alors, vers la Petite Thomassière, lieu d'habitation de François Bostan. Ils le font prisonnier.

          - 17 h

          Quatorze hommes ont été arrêtés et regroupés au Bas-Montclair : François Genevée, Albert Lebossé, Yves Lemonnier, Clément Boulet, Julien Derenne, Paul Gourdet, Léon Pelé, Victor Fréard, Marcel Lemonnier, François Bostan, René Thiriot, Emile Landais  père et fils, Yves L'Her.

          Ils seront conduits, en camion non bâché, vers le taillis de Montfland.

          - 21 h

          Les soldats allemands reviennent au Bas-Montclair. Le compte rendu de la gendarmerie de Landivy du 31 juillet précise qu'après avoir fait sortir les animaux de l'étable, le feu a été mis au bâtiment à l'aide de plaquettes incendiaires. Celui-ci se propage à la grange et au cellier. Quarante huit parachutes seront détruits dans le brasier.Comme à Montfland, les avions alliés, alertés par les flammes, mitrailleront et bombarderons la ferme dans la nuit.

          Taillis de Montfland

          - 17 h 30

          La cache d'armes se situe dans un taillis proche du chemin  desservant les villages du Creux, de Montfland, des Mottais. C'est une fosse rectangulaire de 12 m de long, 3 m de large et profonde de 2,5 m. Elle est bordée par deux haies perpendiculaires et par les remblais issus du creusement, ceux-ci sont camouflés avec de la bruyère. La fosse est recouverte de fagots. Une brèche, dans une des haies, permet l'accès aux armes. Une trappe habillée de mousse masque cette entrée.

                                    Photo fosse d armes montfand                                                                  La fosse vidée, fin août 1944 

   - Enlèvement des fagots et chargement des armes

          Tout d'abord, les prisonniers enlèvent les fagots. Dans l'attente des camions pour charger les armes, les soldats allemands les sollicitent physiquement pour mieux les contrôler. Ils ont les mains attachées dans le dos et doivent exécuter les ordres < position assise, position debout, position assise...>

       Bordures nord et ouest 2                                           Borduresv Nord et Ouest  dans la fosse  ( Janvier 2017 )

Breche dans la haie                                        Bréche d'accés à la fosse ( Janvier 2017 )

   Les armes trouvées dans la cache, de 15 à 18 tonnes, sont chargées dans les camions.

          Les opérations sont terminées. Les prisonniers remontent dans le camion non bâché. Ils repassent par le bourg de Fougerolles. Au carrefour du Poteau, le camion s'arrête, des avions alliés volent à faible altitude, tout le monde se met à l'abri dans un jardin.

          L'alerte est suspendue.

          C'est le départ pour le château de la Boissière.

 

 

                                                                          Texte de Julien-Jean Derenne

 

               

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Date de dernière mise à jour : 2017-10-16 21:20:45