Sur les pas des fusillés de Saint-Jean du Corail

                                                   Château de Saint Jean du Corail

     Capture carte mortain                                                                                                                Carte de Mortain     

Depuis le 15 juin 1944, les services de sécurité de SS ( S.D ), la Feldgendarmerie de la division en ligne et le tribunal militaire ont élu domicile au château de Saint Jean du Corail. La cave, le grenier et les mansardes du garage ont été transformés en prison..

          Le 9 juillet une trentaine de résistants, de Sourdeval, de Saint-Hilaire, de Mortain y sont incarcérés. La traque aux patriotes a été organisée par les hommes de la S.D : Lenoury, Dufour, Fernandez. Du 15 juin au 1 août 1944, environ 150 personnes seront internées au château. Madame de la Boissière, propriétaire des lieux, supplée aux carences allemandes. Elle organise le ravitaillement des prisonniers, aidée par ses employés M. et Mme Capitaine et par les fermiers du voisinage.

      Chateau de saint jean du corail 1                                                                                     Château de Saint Jean du Corail

   27 juillet

          Maurice Gallier, journaliste à Ouest-France, écrit en 1947 ( toutes les citations qui suivent sont de lui). 

          < Dans la soirée du 27 juillet, Mme Capitaine vit arriver au château quatre jeunes ( de la Flèche ) qui subirent l'interrogatoire d'usage et furent battus. Le lendemain, elle les aperçut s'éloignant en compagnie d'un des espions à la solde de la Gestapo.>

          La famille Paris de Saint Laurent de Cuves est incarcérée au château.

          28 juillet

          En soirée, les prisonniers fougerollais arrivent.

          < Les captifs sont emmenés à Saint Jean, deux par deux. Mme Capitaine les voit arriver les mains liées derrière le dos. Tous passent les nuits du vendredi au samedi et du samedi au dimanche dans le grenier du garage en attendant leur interrogatoire.>

          29 juillet

          < Pendant ce temps se poursuit les interrogatoires des détenus. François Bostan en revient avec la joue fendue, vraisemblablement par un coup de crosse.Atrocement tourmenté par la soif, au cours de la nuit, bien qu'il ait les mains liés, il en arrive à boire son urine. Plusieurs témoins assurent également que <Victor Fréard fut, lui aussi, très maltraité, un allemand lui sautant sur le ventre pour le faire parler.

          Par contre Julien Derenne, le chef de groupe, ne semble pas avoir été touché. Sa fermeté et sa dignité en imposèrent à ses geôliers près desquels il intervint pour que ses camarades d'infortune soient attachés les mains en avant car la position mains dans le dos, en ce prolongeant, devenait intolérable.>  

          30 juillet    

     Au petit jour, partent pour l'Allemagne : six hommes de Fougerolles ( Albert Lebossé, Clément Boulet, Emile Landais fils, Léon Pelé, Paul Gourdet et Yves Lemonnier ), trois membres de la famille Paris de Saint Laurent de Cuves et quatre résistants de la Flèche.

          Nuit du 30 au 31 juillet

          Victor Fréard, François Bostan, François Genevée, Julien Derenne de Fougerolles, Jacque Hilliou de Champs du Bout  < passèrent la dernière nuit dans la prison commune, c'est à dire la cave. Au cours de cette ultime veille, un témoin, M. Landais, précise : vers 3 heures les nazis, accompagnés par Dufour et Fernandez, viennent chercher les cinq captifs. Ceux-ci se doutent-ils du sort qui les attend ? Vraisemblablement non, car c'est l'heure des départs vers les destinations les plus diverses.

     La première étape se situe, en général, à la prison d'Alençon. Mais pour ces malheureux, le voyage sera beaucoup moins long. On les emmène, en effet à quelques kilomètres de là, au château de Bourberouge, siège de la division < Das Reich >.

 Chateau de bourberouge                                 Château de Bourberouge

 Château de Bourberouge

          31 juillet, l'exécution

          < Là, depuis le 17 juin, un officier dit de justice, le commandant Ockrent dont la pseudo-juridiction s'étend sur trois départements, se signale par sa cruauté. C'est lui qui va ordonner le jugement des cinq captifs.

          Sans que l'on puisse déterminer exactement l'emploi du temps de ceux-ci, depuis leur départ du château de Saint Jean. Monsieur le Comte de Thieulloy, propriétaire du château de Bourberouge et M. René Hubert, son jardinier, situent la fusillade aux alentours de 15 h le lundi 31 juillet 1944.

          Pouvait-on prêter attention aux coups de feu entendus ? Non car les exercices étaient fréquents dans le parc et dans la forêt. Mais le hasard voulut qu'à ce moment M. Rubé aperçoive un lieutenant et des soldats en armes qui lui défendent d'avancer.

          Que se passe-t-il ? Honteux de leur mauvaise action, les nazis entendent la dissimuler aux yeux de français. Des cris se font entendre dans la clairière toute proche. Monsieur Rubé aperçoit l'officier de "justice" qui hurle des ordres. Une supplication : " ne nous tuez pas " traduit l'angoisse de ces malheureux qui refusent de mourir....

          Hélas ! La réponse ne se fait pas attendre : des rafales de mitraillettes abattent les cinq victimes. Sans même creuser une fosse, les bourreaux provoquent un éboulement de la partie supérieure de la carrière. Quelques pelletées de terre achèvent ce semblant de sépulture. Ainsi pensent-ils jamais les familles ne retrouveront les corps des suppliciés.> 

    Fosse                                              Carrière lieu d'exécution   

 Macabre découverte

          < Mais M. Rubé a compris qu'un drame s'est déroulé dans cette carrière. Le jeudi matin ( 3 août ) il revient en cachette et après une fouille très sommaire ( il y a pas plus de dix centimètres de terre pour les recouvrir ), il aperçoit une main mais ne peut poursuivre plus avant ses investigations car la bataille de Mortain est engagée et les allemands, qui luttent avec l'énergie du désespoir sont toujours au château.>

          La bataille de Mortain se terminera le 13 août. Il faudra attendre la débâcle des troupes allemandes pour prévenir les autorités françaises.      

        Doc das reich bourb                             Document trouvé au Château après le départ des Allemands

 1er août

          Jacques Cercleux, de La Flèche, est abattu près de la ferme de Moissey en Saint Jean du Corail.

          Les quatre derniers fougerollais, enfermés au château de Moissey de Saint Jean du Corail : Marcel Lemonnier, Emile Landais père, Yves L'Her, R. Thiriot sont libérés.

          Recherche des camarades disparus

          A Fougerolles du Plessis, on ignore la tragédie de Saint Jean du Corail. La recherche des camarades disparus est  un objectif constant du groupe de résistance. Elle est orientée vers les lieux de n détention les plus probables. 

          14 août : direction Alençon, la prison est fouillée : pas de traces.

          22 août : la bataille de Mortain a désorganisé toute la région et le fonctionnement des autorités compétentes. Ce n'est qu'à cette date que la gendarmerie constata l'existence du charnier de Saint Jean du Corail.

          25 août : la recherche continue, sept hommes du groupe de résistance se rendent à Paris, en pleine libération. Les prisons de la Santé, du Cherche-midi, de Fresnes sont visitées. Le siège social et les succursales de la Croix-Rouge sont interrogés. Pas d'indice. Retour à Fougerolles le 28 août. La nouvelle qu'un charnier a été découvert à Saint Jean du Corail parvient à Fougerolles.

          Identification des corps

          29 août : Raymond Derenne et Jules Linais se rendent sur le lieu d'exécution et assistent à l'exhumation des corps.

          < Les cinq cadavres sont intimement unis dans la mort et tellement recroquevillés qu'on en devine qu'un ou deux>

        Les constations médico-légales sont réalisées par le Docteur Gilles Buisson de Mortain. La position relative des douilles de 9 mm et des corps montrent que l'exécution eut lieu à bout portant. Les fusillés furent fauchés au niveau de la ceinture. La mort ne fut pas immédiate pour tous. Pour certains, elle n'intervint qu'après l'enfouissement sous les éboulis de pierres et de terre. Les corps ne furent pas identifiés. Ils furent transférés vers Saint Jean du Corail.

         Dans l'église de Saint Jean du Corail eut lieu l'identification des corps. Cet édifice a été endommagé par les bombes et les obus. Son clocher est penché et éventré et les vitraux soufflés.

         Mesdames Fréard et Genevée reconnaissent leur mari à leur morphologie, Monsieur Guérin, patron de François Bostan, identifie celui-ci.

         Une dent cassée au football, un mouchoir, la couleur d'un blouson permettent à Raymond Derenne de reconnaître son frère.

         Joseph Hilliou est identifié, plus tard, par sa famille.

         Le lendemain, les corps furent transférés à Fougerolles du Plessis et à Champs du Bout.

                                               Texte de Julien Jean Derenne        

 

 

            

      

          

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Date de dernière mise à jour : 2017-10-19 14:24:26