Une histoire de champagne

                                     Avril 1945........ Quelque part en Belgique.                   

 

             Libéré par l'avance Américaine et échoué dans un camp de rassemblement en Belgique, un prisonnier  de guerre français accroupi près d'un petit feu de bois faisait cuire dans une casserole récupérée quelques pommes de terre dont l'assaisonnement n'avait que la saveur de la liberté retrouvée.

             Dérangé dans sa préparation, le libéré se voyait accosté par un homme décharné, habillé de la tenue rayée des déportés.

             L'homme à l'allure distinguée malgré sa tenue de misère demandait poliment : puis-je mettre mes deux pommes de terre à cuire avec les vôtres ?

             - Bien sûr.

             Et la conversation s'engageait :

             - Je suis Mayennais, dit le prisonnier de guerre.

             - Tiens ! Quelle coïncidence, je connais bien la Mayenne.

             - Oui, du Nord-Ouest, vers Gorron !

             - Eh bien, moi je connais le Duc d'Abrantes.... de Lévaré !

             - C'est mon coin, fut heureux de répondre le prisonnier de guerre.

            Et on mangea ensemble, l'ensemble des pommes de terre, sans trier la mise initiale.

            - Mais, puis-je savoir qui vous êtes, hasarda le Mayennais ?

            - Eh ! bien, c'est simple, je suis Monsieur Chandon ! Vous savez.... le champagne Moët et Chandon !

            Et devant le prisonnier de guerre éberlué :

            - Vous voyez, mon ami, nous revenons tous les deux de loin ! Et nous voilà devant quelques pommes de terre, égrenant des souvenirs communs !

            Histoire vraie racontée le 1er Août 1971 devant le Colonel Maurice Buckmaster que les Fougerollais ont appris à connaître ce jour-là et qui, en Angleterre, est fier de faire partie de l'Association des Amis du véritable champagne de France.

            Celui qui la racontait, l'ancien prisonnier de guerre Français, était tout simplement notre ami et ancien concitoyen Monsieur Joseph Bourdon de Moncharret, maintenant à l'Huisserie, beau-père des enfants de Victor Fréard.

           Ce récit est paru dans le premier bulletin municipal de Fougerolles au 1er semestre 1972.

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Date de dernière mise à jour : 2015-09-03 20:15:40