Les Ecoles de Fougerolles

      1-  A l'origine une scolarisation masculine liée à l'église

         Sur les écoles très anciennes, nous n'avons que quelques renseignements épars. Il s'agissait d'écoles de garçons organisées par un maitre d'école, prêtre aidé par un magister et éventuellement l'épouse de ce dernier.

           Leur objectif est, d'abord, d'instruire les enfants de chœur pour l'exercice du culte. La base de l'enseignement était la pratique du chant, en français et en latin, l'étude du suivi des offices religieux avec la participation rémunérée à ces offices. Exemple : dans son testament de 1535 un prêtre fougerollais fonde une messe qui "sera chantée par le maistre d'escholle et les escholliers... et à la fin diront << libera me>> sur la tombe du dit prestre, les oraisons << Absolve me >> et << Deus veniae largiter >> et, le dit service fini, le prestre prendra dix sols, baillera au magister trois sols, qui en départira deux à ses écholliers... et retriendra deux pour lui". De plus, chaque soir à l'école on récitait la prière devant le crucifix. Quand au catéchisme, les élèves le savaient sur le bout des doigts.

         La lecture était enseignée  à partir d'un syllabaire (alphabet) que l'enseignant ou enseignante tenait sur ses genoux. Les élèves les plus récalcitrants recevaient le bonnet d'âne ou étaient mis à genoux derrière la porte. L'écriture et l'orthographe étaient ensuite enseignées : livres, écritoires, plumes d'oies taillées par le maitre étaient payés par les élèves. S'ajoutaient quelques notions d'histoire et de géographie.

           L'ecclésiastique donnait des leçons gratuites. Le magister était payé par les parents d'élèves, les plus pauvres exceptés. S'ajoutaient les dons des bienfaiteurs et les cadeaux de quelques parents (légumes, morceaux de lard quand on tuait le cochon.

           L'aspect des classes était vétuste : le plus souvent sol inégal en terre battue, cubage insuffisant, éclairage médiocre si bien que les élèves étaient renvoyés dès le déclin du jour. Le bâtiment était séparé en deux par des planches percées d'une porte qui assurait la communication entre les deux classes : d'un côté  la classe du magister et de l'autre, la classe des petits, sorte de classe maternelle. Dans cette dernière, les petits étaient assis sur des bancs très bas ; un fauteuil surélevé était réservé à l'enseignant. Dans la classe du magister trois ou quatre tables s'accompagnaient de leurs bancelles. Un poêle assurait le chauffage, chaque écolier devant, l'hiver, contribuer aux provisions de bois.

         fronton-montembault2.jpg  La localisation des petites écoles antérieures au XVIIIème siècle ne nous est pas connue. Peut-être étaient-elles près du presbytère qui se trouvait alors à l'emplacement de la maison de retraite actuelle. Au XVIIIème  siècle, elles furent sans doute à proximité du presbytère nouvellement installé (mairie actuelle) prés de l'église paroissiale. On sait que l'abbé Ouvrard de la Haye, curé de Fougerolles, fit construire une "école" peu avant 1789, située rue des Châteaux (au No 13 de cette rue). Cette école fut confisquée lors de la Révolution en tant que bien de d'Église, puis acquise par la commune et finalement, achetée par un certain Montembault qui en fit sa demeure, comme le prouve le linteau de 1805 gravé au-dessus de la porte d'entrée. Messieurs Guérif et Bréhier ( ce dernier s'intitulant "Maitre d'école") continuèrent leur enseignement dans les anciennes écuries du presbytère . Notons enfin qu'en campagne, le Chapelain de la Bigottière instruisait les enfants de son quartier.

        2- L'école catholique féminine à l'Hospice ( 18è - début 20è)

  Dans le passé lointain, Fougerolles n'avait aucun enseignement féminin, les filles étant vouées aux travaux ménagers.

C'est seulement au début du XVIIIème siècle que celles qu'on appelait les "Les Filles Dévotes ou Filles de la Charité", qui prodiguaient des soins aux malades, ouvrirent une très modeste école pour les petites Fougerollaises. En 1703, le curé de la paroisse Mathurin Dodard, leur fit don d'une humble maison au bourg (maison qui devint par la suite le presbytère que nous avons connu, puis la mairie actuelle). Cette même année 1703 elles firent actes d'association par devant abbe-dupont.jpgnotaire et ouvrirent la première école privée catholique féminine. Les débuts furent difficiles, d'autant plus que leur plus sûr appui, M Dodard décéda en 1706.

            C'est alors que Marie-Élisabeth DUBOURG prit le relais. D'origine parisienne, elle avait une certaine fortune qu'elle voulait mettre au service des pauvres et de l'enseignement féminin. Elle fit à Ambrières une première expérience qui échoua. Par hasard, lors d'un voyage en diligence dans la région de Mayenne, elle rencontra l'Abbé Dupont, curé de Fougerolles, qui l'incita à venir dans sa paroisse afin de réactiver l'entreprise des "Filles Dévotes". Elle s'installa, après échange, à l'emplacement de l'ancien presbytère (que l'Abbé Dupont jugeait trop éloigné de son église) ce qui lui permit d'étendre son implantation et de créer là l'Hôtel-Dieu ou Hospice. Son projet -dont l'instruction primaire féminine- fut accepté par Louis XIV en 1710, enregistré au Parlement en 1712 et confirmé par son testament en 1723.

          L'enseignement ainsi créé par Marie-Élisabeth Dubourg perdura pendant les XVIIè et XIXè siècles, non sans heurts et 003.jpgmodifications. A cause d'une situation juridique diversement interprétée, trois partenaires se trouvèrent parfois face à face : le Conseil Municipal qui prétendait avoir un regard sur l'entreprise (la donation avait été faite en 1709 << à tous les habitants de Fougerolles >>, la Commission administrative de l'hospice qui avait parfois besoin des finances communales, mais qui tenait à garder son autorité sur la gestion de l'ensemble, et les sœurs qui, par testament de 1723, se considéraient comme gérantes de l'école. Mais la situation la plus grave fut le contre coup de la Révolution notamment en 1793 : accusations d'incivisme portée sur les sœurs enseignantes parce qu'elles maintenaient leur confiance aux prêtres réfractaires dont l-un d'eux se cachait dans leurs murs, démission des enseignantes, fermeture des classes et incendie de l'une d'elles. Après la tourmente une réorganisation s'imposait. C'est alors qu'on fit appel, en 1811, aux religieuses de la Congrégation d'Evron.

           Financièrement les enseignantes religieuses ont toujours refusé d'avoir un traitement provenant de la Commune ou de l'État, afin de garder leur indépendance. Les appels à la Commune ne se faisaient que sous forme de subventions ou de prêts. En 1789 le syndic de la commune consignait que : "Les sœurs font tous les jours les petites écoles à toutes les filles indistinctement pauvres et riches de la paroisse qui veulent y venir et cela gratuitement. Et pour engager les pauvres filles à l'instruction, la maison a coutume, sans aucune obligation, de leur donner régulièrement, chaque jour une fois de la soupe depuis Noël jusqu'au mois d'Aout". En fait, bien que proclamée, la gratuité totale n'existait pas. La Convention de 1711 proclame que les sœurs "feraient gratuitement l'école aux pauvres filles de la Commune; quant aux autres jeunes filles des personnes riches, leurs parents paieront une rétribution par chaque mois, laquelle sera déterminée par l'Administration et par la Supérieure Générale ou celle qui la représentera dans le dit hospice". En plus des sommes versées par les élèves, les religieuses étaient nourries, chauffées, logées dans l'établissement.

             On distinguait deux catégories "d'élèves" : les Fougerollaises, riches ou pauvres, et les pensionnaires, provenant des paroisses voisines et issues de la bourgeoisie et de la noblesse. On en connait les noms. Parmi elles se trouvait la fille du seigneur de Lévaré en 1708. D'autres provenaient de Saint Mars sur la Futaie, Larchamp, Melleray... Elles payaient 90 par année. En 1825, elles étaient au nombre de 15. Selon certaines sources, il y eut <<deux écoles : l'école des pensionnaires et l'école gratuite>> (qui, d'ailleurs n'était pas totalement gratuite).

           ferme-m-retraite2.jpgQuant aux salles de classe, elles furent construites peu à peu ou déplacées à plusieurs reprise. Elles étaient au nombre de deux, mais on en compte parfois trois. A l'origine, Marie-Élisabeth en installe une, très modeste, dans l'ancien presbytère (à l'emplacement de la ferme actuelle de l'hospice). Puis, lors de la construction du grand bâtiment principal, les salles de classe sont désormais face au bourg, à proximité du grand portail de 1727, sans doute parce qu'une grande partie des élèves venaient du bourg même. Ainsi à l'extrémité sud du bâtiment principal que nous connaissons aujourd'hui se trouvait, dès 1722 <<la petite classe>>, à gauche, tout prés du portail (c'est celle qui fut incendiée par les révolutionnaires de 1793). Puis, fin XVIIIè siècle, une salle fut installée au pignon sud du grand bâtiment, elle aussi face au bourg. A l'étage se trouvait <<la première classe>> à laquelle on accédait par un escalier extérieur, presque au dessus de la précédente. Enfin, en 1890, alors que ces anciennes classes étaient taxées d'insalubrité, on construisit deux classes perpendiculairement au grand bâtiment (réfectoire actuel), accolées à ce dernier et qui répondaient aux normes exigées. Elles ne furent utilisées que de 1890 à 1906. L'équipement des classes se complétait peu à peu : achat du boulier, des tableaux noirs, du claquoir (pour donner un signal) des livres, des bons points et images, des modèles d'écriture, du tableau des poids et mesures, des statues religieuses, ce qui s'ajoutait aux grandes tables à double face, aux bancelles, à la chaire de paille, au dressoir et au crucifix laissés par Marie-Élisabeth Dubourg. Quant à l'équipement du dortoir des pensionnaires, il comprenait en 1735 <<onze lits garnis de chacun leur tour de petite étoffe grise, couchettes basses avec chacune un ciel (de lit) suspendu... Peu loin des pensionnaires dans le cabinet de sur l'escalier, mille douceurs; douze petits pots de faïence et sept de terre, le tout plein de confiture>>.

           L'enseignement était ainsi composé : les sœurs apprenaient à lire, écrire, compter, à prononcer le latin à l'aide d'un psautier, en vue des offices religieux. Elles enseignaient le catéchisme et la morale, l'histoire religieuse (notamment "l'histoire du peuple de dieu" et "la vie de Jésus-Christ"), l'histoire de France, la géographie, la botanique. Les travaux manuels comprenaient <<la couture, le point de marques pour le linge, le tricot>> et la confection des fameux canevas au point de croix figurant l'alphabet, les nombres, divers symboles et le nom de l'élève. Parmi les chants et récitations, dont on a la liste, se trouvaient quelques fables de La Fontaine, des chants dont les cantiques, des textes sur la vie courante et sur la nature. Les élèves étaient inscrites sur de grands registres dont on possède quelques exemplaires, avec l'adresse et la profession des parents. Les bonnes élèves étaient récompensées en fin d'année par des citations et des prix. Certaines enseignantes, dont Sœur Amélie et Sœur Virginie, ont laissé un souvenir positif dans les mémoires jusqu'au milieu du XXème siècle.

l-asile-et-les-enfants-1900.jpg         3- L'Asile, école enfantine catholique à l'Hospice (1869-1906)

  Aux classes catholiques de l'enseignement primaire féminin s'ajouta bientôt à l'hospice un nouveau bâtiment : l'Asile ou classe enfantine, il fut construit en 1869.

           Les motivations de cette initiative? Certes, compléter la gamme de l'enseignement privé diffusé à l'Hospice, en prenant les petits Fougerollais dès le plus jeune âge, garçons et filles, de moins de 7 ans. Mais aussi, prendre en considération, en ce milieu du XIXème siècle, le développement de l'idée de laïcité scolaire dans la nation et même jusqu'à Fougerolles, et ainsi devancer les projets de classe enfantine <<communale>>. C'était donc un moyen de s'affirmer, d'autant plus qu'il s'agissait là d'une nouveauté.

           Mais se posa la question financière. Le devis établi par un architecte s'élevait à 16 998,89 francs. La Commission Administrative de l'Hospice disposait de 10 000frs. Un ancien préfet, visitant Fougerolles, avait suggéré au Conseil Municipal de demander à l'État une subvention. Le projet de construction fut donc lancé, mais, en même temps, la Commission Administrative de l'Hospice s'empressa de préciser que l'Hospice resterait exclusivement propriétaire du bâtiment. Or, la subvention prévue fut refusée, car non destinée au service public, à moins que la Commission ne cède l'Asile à la Commune, ce que la commission refusa nettement. Finalement, après de longues négociations, la Commune obtint un secours de 4 000 francs qu'elle transmit immédiatement à l'Hospice, prêt remboursable intégralement sans intérêt, dans un délai de 20 ans (en 1890), à condition que l'Asile soit considéré comme établissement communal pendant ces vingt années. Mais, en fait, l'Hospice en restait bel et bien le propriétaire. 

          la-classe-enfantine-dans-l-asile-avec-les-religieuses-vers-1890.jpg Pour ce nouveau bâtiment, rien ne fût négligé. Dan l'enclos de l'Hospice il fût implanté au sud, vers le bourg. Il dominait à l'est, à la sortie du bourg,la route vers Sainte Anne de Buais. La façade était somptueuse. Le granit n'y fut pas ménagé, granite autour de l'entrée majestueuse légèrement projetée en avant et soulignée par un perron, granit taillé autour des vastes fenêtres de la façade, granit en bordure du toit, le long des chaînages d'angle et du soubassement. Le toit d'ardoises était surmonté d'un clocheton. Au-dessus de la porte d'entrée était gravé sur une plaque le mot <<Asile>>. Une partie du décor primitif a malheureusement disparu. L'intérieur comprenait de grandes salles dont l'une en gradins. L'édifice était entouré d'un jardinet clos par un mur souligné lui aussi par    une assise de granit et d'une grille. A l'extrémité un préau fut construit en 1871, puis un second afin, disait-on, de séparer les sexes pendant les récréations.

        l-ecole-enfantine-a-l-asile-vers-1905.jpg   L'Asile fut béni par le curé de la paroisse le 20 juin 1869 en présence de la Commission Administrative de l'Hospice et du Conseil Municipal. Le lendemain ont célébra une messe d'ouverture à l'Eglise paroissiale. Une cinquantaine d'enfants y participa et on se rendit en cortège vers l'établissement flambant neuf.

           Le fonctionnement de l'établissement était aux mains de la Commission Administrative de l'Hospice. Comme cette dernière devait pourvoir à toutes les dépenses et qu'elle souhaitait le remboursement de sa dette à la Commune, la fréquentation de l'Asile par les petits n'était pas gratuite. Dès 1871 deux catégories de rétributions à payer par les familles furent établies : <<la plus élevée à 1 franc par mois et l'autre à 0,50 franc par mois, la gratuité étant accordée à ceux dont la position n'était pas assez élevée.>>

            La garde des enfants et l'enseignement étaient assurés par sœur Virginie, bientôt aidée par sœur Marie. Les élèves étaient inscrits sur de grands registres, avec l'adresse et l profession des parents. En 1872, 93 élèves sont inscrits : 35 d'entre eux sont issus du monde agricole, les 58 autres proviennent de familles à professions diverses (tisserands, sabotiers, journaliers, maçons...).

            l-ecole-des-filles-a-l-hospice-avant-1905.jpg Mais la loi du 07 juillet 1904 et son arrêté d'application furent fatals à l'Asile. Selon cette loi << seront fermés à la date du 1er septembre 1906 les écoles ou classes annexées aux établissements congréganistes>>, ce qui était le cas ici . Après de multiples et très difficile délibérations entre le Conseil Municipal et la Commission de l'Hospice, un bail fut conclu : l'Asile fut loué à la Commune à partir de 1906 pour 3 ans, à titre de transition et dans l’intérêt des familles, à condition que la Commune établisse une clôture entre l'Asile et l'Hospice et une porte d'entrée donnant directement sur la rue, et le matériel scolaire fut vendu à la Commune. Ainsi les institutrices laïques enseignèrent à l'Asile pendant quelques années en attendant la réorganisation de l'enseignement féminin et les constructions nouvelles.

           4- Une école communale masculine à Fougerolles (19ème siècle)

            Dans les premières décennies du XIXème siècle apparaît à Fougerolles une écoles de garçons, gérée par la Commune et par l'Etat. Depuis l'époque de la Révolution se développait l'idée d'une école ouverte à tous et non confessionnelle. L'idée fit son chemin à Fougerolles, ce qui nous paraît étonnant dans nos campagnes où les tendances conservatrices et bourgeoises dominaient au Conseil Municipal, privilégiant les écoles privées. Mais certains conseillers municipaux considéraient qu'une grande commune comme Fougerolles se devait d'avoir son école communale. En fait ils furent plus particulièrement soutenus dans leur projet par la législation scolaire en cours : la loi GUIZOT de 1833 créé l'enseignement primaire public et précise que l'instruction comprendra, entre autres, l'instruction morale et religieuse, que les maîtres seront payés par l'État et que les écoles seront surveillées par des commissions de notables. La moi FALLOUX de 1850 va plus loin encore. Elle proclame la liberté de l'enseignement. Tout français muni d'un brevet de capacité ou ministre d'un des cultes reconnus aura le droit d'ouvrir une école primaire. Les écoles primaires publiques existant seront placées sous la surveillance du clergé, lequel entrait dans les conseils académiques. Dans ce contexte rassurant pour les conservateurs; et peut être aussi parce que l'ancienne école catholique masculine paraissait à certains trop traditionnelle et s'affirmait peu, Fougerolles eut son école "communale" de garçons.

            La recherche d'un terrain constructible commença dés 1833. En 1834, avec l'approbation du Ministère, la Commune acheta à la famille de Marseul, <<dans le milieu du bourg, une vaste grange et le terrain l'environnant.>> Ce terrain se trouvait à proximité immédiate du quartier administratif -Mairie et Gendarmerie- situé à cette époque dans le secteur du bureau de poste actuel. Preuve de cette localisation, un puits prévu devait servir en même temps à la Mairie, à la Gendarmerie et à l'école.

          En 1840, l'école et le logement de l'instituteur sont en construction. En 1861 la Commune achète une autre parcelle de terrain, rue Moroge, aux époux Boulard, marchands-ferblantiers qui avaient là un terrain servant de dépôt lié à leur commerce. Selon certaines sources, il se serait agi de rebâtir l'école de 1840 et en même temps d'agrandir l'espace scolaire communal masculin. Rappelons que certains songeaient établir là, rue Moroge, l'ensemble scolaire communal de Fougerolles en intégrant éventuellement l'école des sœurs voisine et l'Asile qui deviendraient alors écoles communales.

            On ne sait rien sur la bâtiment scolaire de la première moitié du XIXème siècle. Celui qui le remplaça en1861 nécessita un emprunt et le vote d'un impôt extraordinaire pendant 15 ans. Le projet s'éleva à 22 334,00 francs.

        ecoles-rue-moroge.jpg   L'architecte, monsieur TARENTAINE édifia une grande et belle construction : un corps central à un étage encadré de part et d'autre par 2 ailes sans étage. Le matériau employé est le schiste et le granit, ce dernier largement utilisé : lignes de faîtage, encadrement des portes et des grandes fenêtres, ces dernières se terminant en arc de cercle avec rayons en forme d'éventail (n'existant plus malheureusement aujourd'hui). Trois perrons conduisent aux trois portes d'entrée. Le toit du bâtiment central est encadré par 2 grandes cheminées et agrémenté d'un "chien-assis" se terminant aussi en arc de cercle. A l'intérieur les 3 salles successives sont vastes et claires; elles correspondent entre elles par de grandes portes en plein cintre. En avant s'étendait la cours de récréation; en côté et à l'arrière, le jardin servait à l'instituteur mais aussi à l'initiation botanique des élèves. Il s'accompagnait d'un puits (qui fut vite asséché); au fond, se trouvaient le préau et les sanitaires, eux aussi aux portes en plein-cintre.

            Jusqu'en 1881 cette école communale ne fut ni gratuite, ni obligatoire. Dés 1833 le Conseil Municipal délibérait sur les versements à accorder aux instituteurs et aux élève indigents dont on estimait le nombre de 40 à 50. En 1841 on délibère sur la rétribution mensuelle payée à l'instituteur par les élèves. Le nombre des élèves admis gratuitement cette année-là s'éleva à 30, les élèves acquittant la rétribution étant de 74 à la mauvaise saison et de 40 à la belle saison. En 1851 le Conseil Municipal fixe le montant de la rétribution scolaire à 1 franc 25 par mois et établit le traitement de l'instituteur à 250 francs.Toutes ces données confirment donc bien l'existence de l'école communale de garçons dès 1833. Il n'est donc pas question d'école communale de filles, bien que, à la fin des années 1860, le Ministre de l'Instruction Publique, Victor DURUY, les ait envisagées. Mais à Fougerolles on les considérait comme non nécessaires.

             Signalons 2 énigmes correspondant au début du XIXème siècle : il y eut une tentative d'école "communale" dés 1810, donc bien avant la loi GUIZOT de 1833. Un certain Le NORMAND, de Buais, nanti d'un brevet de capacité et de moralité, proposa au Maire l'installation d'une école primaire. Il habitait la maison à tourelle à l'ouest du bourg. Lui-même et ses successeurs auraient enseigné dans ce secteur. On ne sait pourquoi cette initiative disparut. Autre énigme : une école aurait été implantée momentanément dans une maison de la rue actuelle des Grands Jardins, plus précisément dans un bâtiment ancien, daté de 1742, étroit, bas de plafond et peu éclairé. Entre autres sources,une personne née en 1846 l'a signalée à l'auteur de ces lignes. École du XVIIème siècle? École du début du XIXème siècle? Ébauche d'école communale avant la construction de 1861? L'énigme reste entière.

          5- L'école laïque, gratuite, obligatoire à Fougerolles 1881-1882....2010

          Dans le sillage de la 3ème République naissante, le point de départ est donné par les m

lois de 1881-1882 relatives à l'enseignement primaire, dites <<lois Jules Ferry>>, ministre de l'Instruction Publique : celle du 17 juin 1881 sur la gratuité des écoles, mise à la charge des Communes et de l'État; celle du 29 mars 1882 sur l'obligation de cet enseignement de 6 à 13 ans, sanctionné par le "Certificat d'Études Primaires", l'obligation étant applicable puisque l'enseignement était gratuit. L'obligation entraînait aussi la laïcité, qui eut pour conséquence le remplacement de l'enseignement religieux par l'instruction morale et civique. Le jeudi serait réservé à l'éducation religieuse facultative et toujours donnée en dehors de l'école. Laïcité, gratuité et obligation étaient logiquement liées. Les écoles normales d'institutrices furent crées pour la formation pédagogique des enseignantes, car pour avoir le droit d'enseigner il fallait justifier de connaissances élémentaires.

            A Fougerolles, en arrière plan, les attitudes à l'égard de l'enseignement primaire se durcirent, avec, d'un côté, les partisans de la laïcisation et, de l'autre, les conservateurs en position de défense. Une ère nouvelle s'ouvrait, même si l'école "communale" de garçons avait déjà établi une sorte de transition. La législation  scolaire de 1881-1882 s'appliqua sans difficultés à l'école "communale" de garçons déjà installée rue Moroge. Dès 1882 une commission scolaire fut formée afin d'organiser l'enseignement, d'encourager la fréquentation scolaire et de fixer le traitement des instituteurs. L'enseignement y fut donc gratuit, le contrôle de l'église écarté, les emblèmes religieux retirés. Quelques années plus tard les cours d'adultes furent instaurés. Monsieur GUY fut le directeur de l'école, accompagné bientôt de 2 adjoints.

             Il n'en fut pas de même pour l'école des filles : une école "communale" féminine n'avait pas été créée au début du XIXème siècle à Fougerolles, les sœurs assuraient seules l'enseignement féminin et celui de l'école enfantine. Créer ex-nihilo une école laïque de filles et une classe enfantine? Intégrer et laïciser l'enseignement diffusé à l'Hospice depuis le XVIIIème siècle? Considérer que l'enseignement de l'Hospice était suffisant? Telles étaient les questions. Trois intervenants se trouvaient face à face : l'Inspecteur d'Académie qui tenait à l'application des lois de 1881-1882, les sœurs enseignantes qui tenaient à garder l'école privée, et, louvoyant entre les 2, le Conseil Municipal. La polémique, parfois vive, se fit principalement sur 2 terrains : le premier concernait l'état matériel des classes de l'Hospice. L'Inspecteur d'Académie dénonça la vétusté des bâtiments (cubage et luminosité insuffisants, mobilier désuet), la proximité des malades, etc... La Commission de l'Hospice y répondit en1890 en construisant 2 classes aux normes, solidement accolées aux bâtiments de l'Hospice (certains membres du Conseil Municipal avaient souhaité la construction des 2 classes, certes sur le terrain de l'Hospice, mais dans l'angle le plus rapproché de l'école laïque des garçons qui était rue Moroge, afin, après laïcisation éventuelle de ces 2 nouvelles classes, de grouper là les écoles laïques, masculines et féminines de Fougerolles). L'autre question importante était le mode de rémunération des sœurs enseignantes : salaires régulièrement perçus ou simples subventions qui laissaient plus de liberté et de souplesse? Les sœurs refusèrent toute idée de salaire. Après 1881, selon la loi, elles bénéficièrent, à titre d'indemnité, d'une somme prélevée sur certaines ressources prévues, somme qui variait plus ou moins selon les années et qui était versée directement à la caisse de l'Hospice.

           Déjà en 1902, l'Asile avait été fermée par ordre du Préfet et les 2 sœurs enseignantes avaient été rappelées à Evron. Mais une pétition de la population ainsi que la Commission de l'Hospice, appuyée par le Maire, en avaient vivement réclamé la réouverture et le retour des 2 sœurs. Finalement le Sous-Préfet fit bientôt connaître la suspension de la fermeture de l'Asile qui reprit ses fonctions. Pour peu de temps d'ailleurs.

           La décision finale vint soudain de l'extérieur, par la loi de 1904 qui interdit aux congrégations religieuses d'enseigner et par son arrêté d'application de 1906. Un texte préfectoral signalant le nom de la Congrégation des Sœurs d'Evron à laquelle la loi s'appliquait fut affiché à la Mairie, un autre remis aux sœurs Amélie et Virginie. La Commission de l'Hospice, réunie le jour même, refusa de prêter ses classes à la Commune. Finalement il fut décidé, à titre de transition et dans l'intérêt des familles, de louer l'Asile de 1906 à 1910 à la Commune, à condition que cette dernière établisse une clôture entre l'Asile et l'Hospice. des institutrices laïques enseignèrent là jusqu'à l'expiration de ce bail qui fut d'ailleurs légèrement prolongé. L'école publique des filles quitta alors l'Asile et prit la place de l'école publique des garçons rue Moroge. Cette dernière s'installa momentanément dans un bâtiment à l'entrée de la route de La Dorée (bâtiment Charuel). La Commune acheta la ecole-garcons-publique.jpgpropriété Dodard Des Loges, à l'ouest du bourg, pour l'école des garçons en prévoyant en même temps la construction de l'école enfantine dans la cour de l'école des filles, rue Moroge. L'architecte Monsieur Cornille, en établit les plans et les devis (32 277fr et 18723fr) ce qui nécessita un emprunt. Les plans furent approuvés dès 1907 et les constructions (classes et logis des instituteurs) commencèrent. Ces nouveaux bâtiments-schiste et granit- ont un peu moins de prestance que l'école ancienne de la rue Moroge, mais les salles sont grandes, aérées et bien éclairées. Dés 1906 quatre postes d'adjointes avaient été créés, dont 2 pour l'école enfantine, laquelle recevait les enfants dès l'âge de 5 ans, d'où la présence de chalits et d'une préposée aux soins des enfants.

              Quelques souvenirs des petites classes de l'école publique dans les années 30 : l'emploi des "buchettes" pour l'apprentissage des nombres, l'application de la méthode Boscher ou B et A =BA, le tricotin... L'enseignement diffusé dans les "grandes classes" comprenait les notions de base, telles que la morale et l'instruction civique évoquées chaque matin en dé but de classe; le français, ses analyses grammaticales et la récitation des verbes allant même jusqu'au "plus que parfait du subjonctif" avec l'imposant livre Dumas; l'arithmétique, donc le calcul mental, la curieuse preuve par 9 et les problèmes de train circulant en sens inverse, de débits de robinets, ou, plus agréable, de fruits et sucre qui engageaient vers des confitures dont il fallait calculer le poids et le prix; la géométrie dont on se plaisait à tracer les figures. Puis venaient les connaissances scientifiques : l'histoire, avec la fameuse feuille de dates qui commençait par " 481, Avènement  de Clovis" et se terminait par "1919 : traité de Versailles", et avec le livre de Lavisse qui nous impressionnait par ses phrases en exergue :" tu dois aimer la France, parce que la nature l'a faite belle  et parce que son histoire l'a faite grande", ou encore " Labeur sans soin, labeur de rien"; la géographie qui faisait apprendre, entre autre, les affluents de nos grands fleuves, et autrefois les départements, et dont le grand livre nous portait au bout du monde, les sciences naturelles par lesquelles on découvrait d'une autre manière les plantes ou les êtres qui nous entouraient, au moyen du superbe livre intitulé "Leçons de sciences". Nous allions aussi à la découverte de la nature par l'intermédiaire des expériences de physique et chimie.

              En ce qui concerne les arts, signalons l'écriture avec les plumes sergent-major qu'on utilisait en tirant la langue pour réussir les pleins et les déliés; le dessin et le maniement des crayons de couleurs; la musique avec les chants dont on garde encore le souvenir, et la découverte des blanches, des noires et des croches; les récitations gravées, elles aussi dans les mémoires, dont les Fables de La Fontaine, les poèmes de Victor Hugo, les textes d'Alphonse Daudet... Qui a oublié la célèbre chèvre de Monsieur Seguin? Ajoutons à l'école des filles, les travaux manuels : coutures diverses, boutonnières, reprises, pose de "pièces à quatre coins" qui n'aboutissaient que rarement au modèle proposé, canevas au point de croix. C'était aussi l'apprentissage de l'hygiène et de l'économie domestique.

              Les cahiers étaient divers : "cahier mensuel", "cahier de roulement", "cahier de cartes géographiques", "cahier de dessins", "cahier de récitations" "cahier de chants". N'oublions pas le plumier ou, plus moderne la trousse, les porte-plume, les buche-crayons, les ardoises inusables, l'encre violette, les grosses tables de bois aux sièges ne faisant qu'un avec le pupitre, le poêle en fonte qui trônait au milieu de la classe, les tableaux noirs sur lesquels crissait la craie, les grandes cartes de géographie qui tapissaient les murs, le compendium et ses objets de mesure, le bureau surélevé de la maîtresse à proximité de quelques casiers à livres. Dans la pièce voisine, une grande armoire contenait les "fournitures" et les livres de bibliothèque. A coté se trouvait un appareil qui, pour les élèves de cette époque, était le summum du modernisme :"l'éducat" qui présentait noir et blanc, mais en relief, des photos de paysages. Sur le rebord d'une fenêtre, à l'extérieur était placée la cloche qui sonnait la fin des récréation.

             Les classes étaient visitées épisodiquement par "Monsieur l'Inspecteur", ce qui impressionnait beaucoup les élèves. Tout l'enseignement conduisait à l'examen du "Certificat d'Études Primaires" passé à Landivy et pour lequel les lauréats recevaient de grands diplômes encadrés parfois dans les demeures des familles. Au cours de l'année, certains cahiers et même des carnets ponctuels qui récapitulaient le travail de l'élève devaient être signés par les parents. Les récréations étaient le moment des "goûters" ou "collations" apportées le matin par les élèves dans de petits sacs ou paniers. C'était aussi la détente, les écolières jouaient à la marelle, aux "canettes", aux "digues" (osselets), à la corde, à la "patte", à "l'épervier", à "enfilons l'aiguille au peloton", ou organisaient pour les journées de grand froid dans le cadre de la cour, des marches circulaires rapides au sons de chants entrainants.

              La fête de Noël à l'école, autour du sapin étincelant, était un grand jour avec chants de circonstance et distribution de cadeaux aux élèves. A la fin de l'année, c'était la solennelle cérémonie de distribution des prix par des membres du Conseil Municipal présents sur l'estrade. Distribution dans une ambiance festive du début des "grandes vacances" (14 juillet), de ces grands et beaux livres rouges et or dont certains rappelaient, entre autres, notre empire colonial.

             6-Les écoles catholiques du 20ème siècle : la coexistence


                scan392.jpg Alors que l'école privée féminine de l'Hospice ainsi que la classe enfantine de l'Asile étaient fermées par la loi de 1904-1906, et que l'école privée masculine était dans l'ombre, une réaction immédiate se fit chez les conservateurs fougerollais et les prêtres de la paroisse : construire des écoles privées, en dehors des congrégations religieuses puisque ces dernières étaient exclues de l'enseignement. L'instigateur en fut Th. CHAUVEAU, curé de la paroisse, arrivé à Fougerolles en 1910. Il avait pour souci principal l'éducation chrétienne des enfants. Le point de départ fut sa réaction à l'égard du manuel d'histoire LAVISSE utilisé à l'école publique et condamné par l'Eglise comme subversif, notamment à propos de Jeanne d'Arc. Il en demanda le retrait, que les responsables de l'école publique refusèrent catégoriquement. La réplique de Th. Chauveau fut immédiate : la construction des écoles catholiques à Fougerolles.            

              Ce fut d'abord la construction de l'école privée des garçons : 2 classes et le logis de l'instituteur. Le problème financier se posa immédiatement. le projet fut annoncé en chaire et on compta totalement sur la générosité des paroissiens. Le terrain fut donné ecole-privee-garcons.jpgpar Mademoiselle GUERIN : un champ à l'orée du bourg, route de Désertines. La pierre fut offerte par les Demoiselles JUERE qui possédaient une carrière sur leur ferme des Brières, route de Saint Mars sur la Futaie. Elle fut transportée gratuitement par les paysans. La construction fut faite par un entrepreneur de Fougerolles. Les travaux s'élevèrent à 22 352 francs. L'école fut ouverte en 1911, La bénédiction solennelle eut lieu le dimanche 24 septembre, les crucifix et la statue du Sacré-Cœur portés en processions vers l'école, elle-même très décorée. Une ecole-du-sacre-coeur-construite-en-1911-1.jpgcentaine d'élèves fut inscrite pour la rentrée de 1911, ce qui nécessita la construction d'une troisième classe accolée aux précédentes. Les premiers instituteurs furent Messieurs LEROUX, GUILLET, THOMAS, BRETON (de 1934 à 1937), aidés par les vicaires (dont L. BAILLEUL). De plus dans les bâtiments annexes du presbytère, des groupes divers qui prolongèrent l'enseignement primaire furent crées (Jeunesse Catholique, Action Catholique, plus tard Francs-Tireurs, société de gymnastique, fanfare) et des causeries organisées portant, par exemple sur ;"les vices fondamentaux de l'école unique".

               Après la guerre 1914/1918, Th.CHAUVEAU repris ses projets : fonder près de l'école des garçons, une école enfantine. En fait il envisagea une école de fille à laquelle l'école enfantine serait accolée. Le projet fut placé sous la l-ecole-ste-therese-en-1925.jpgprotection de "Sainte Thérèse de Lisieux". Après un échange de terrain auquel participa Monsieur de SAINT HILAIRE en tant que donateur, la construction se fit à proximité de l'école des garçons, entre cette dernière et le bourg, de façon à former un groupe scolaire complet. Elle fut assurée par un entrepreneur de Pontmain. La pierre provenant d'une carrière située près de la ferme de la Bruyère (route de Milvain) fut offerte par la famille BOEDA et transportée gratuitement par les fermiers. Mais l'ouverture prévue le 1er octobre 1926 ne put se faire. Quelques difficultés surgirent. Si l'ouverture des écoles privées établies en dehors des congrégations religieuses était légale, il fut considéré que l'école nouvellement construite avait été ouverte clandestinement aux yeux des autorités académiques, ce qui entraina procès et l'on dut procéder à la déclaration officielle d'ouverture. Toutefois, il y eut quelques motifs de refus : construction des bâtiments non terminée pour le jour de l'ouverture prévue et non séparation entre les espaces de l'école primaire et ceux de la classe  enfantine. En attente de la fin des travaux, des garderies d'enfants furent organisées chez Madame BRIFFAULT et chez Madame HOSSARD. Finalement la rentrée scolaire fut proclamée en décembre 1926 avec 28 élèves. Quelques temps après ce fut l'ouverture de l'école enfantine, la clôture réglementaire, objet du litige précédent, ayant été implantée. Après une procession au cours de laquelle on chanta "Nous voulons Dieu dans nos écoles", les nouvelles classes très décorées pour la circonstance, furent bénies. Le nombre des élèves augmenta peu à peu. L'école fut dirigée par Mademoiselle FOISNET et visitée chaque semaine par le curé de la paroisse, contactant ainsi les élèves et distribuant des friandises aux plus jeunes.

              L'enseignement diffusé, par exemple celui des écoles des filles, conduisait au" Certificat d'Étude Privé" puis éventuellement au "Certificat d'Étude des Écoles Publiques". Il comprenait les éléments de base : l'étude de la langue française avec dictées, analyses grammaticales, vocabulaire, conjugaisons apprises par cœur,  l'arithmétique et la géométrie, les sciences naturelles, la géographie, les grands noms de notre histoire de France tels Saint Louis et Jeanne d'Arc, les chants et récitations, l'enseignement ménager, couture et tricot, ces 2 dernières occupations réservées au samedi. Les méthodes d'enseignement offraient quelques spécificités en rapport avec la formation des enseignantes elle-même spécifique. La grande particularité était la place faite à l'enseignement religieux et à la prière : au début de chaque journée de classe, la prière du matin, puis en fin de matinée le "Bénédicité". Le samedi on commentait l'évangile du lendemain dimanche et on présentait le culte de ce dimanche. On enseignait aussi l'histoire sainte dont témoignaient les grandes cartes de la terre sainte qui ornait la classe. En dehors du temps scolaire, les élèves assistaient à l'église au catéchisme, participaient aux processions, aux diverses cérémonies religieuses, avec au sommet : la communion solennelle précédée d'une retraite de 3 jours.

               Dés le début, comme ce fut le cas pour l'école privée des garçons, la question financière se posa pour l'entretien des bâtiments et la rémunération des institutrices. L'enseignement ne fut pas gratuit. Quelques donations et legs importants furent faits, à charge parfois pour monsieur le curé, de célébrer des messes aux intentions des donateurs décédés. Mademoiselle GUERIN, à sa mort, légua, en plus de plusieurs champs, sa demeure située entre les 2 écoles privées et qui fut le logement des enseignantes. D'autre part les familles furent sollicitées et les parents d'élèves mis à contribution, alors que les élèves les plus pauvres étaient admis gratuitement. S'ajouta le revenu des kermesses, de festival de gymnastiques, des tombolas, des séances théâtrales dont l'organisation était aux mains des vicaires et des plus vifs défenseurs de l'école privée.

             Mais la coexistence des 2 écoles-privée et publique-entraina très rapidement la lutte scolaire particulièrement vive, voir virulente au cours des décennies 1920-1930-1940 et qu'il est nécessaire d'évoquer au nom de la vérité historique. S'opposèrent en effet " l'école du diable" et "l'école des pouts" (chouans en langage local). La lutte ne se limitait pas seulement au domaine des idées, elle affectait aussi des familles dans leur vie de tous les jours, suscitant haine, insultes réciproques et mépris. Quelques exemples : les querelles et même les batailles le long des routes, lorsque les élèves rentraient dans leur village après la journée de classe; l'interdiction pour certains de jouer avec les enfants de l'école opposée, les clivages dans le bourg, au niveau des commerces, certains refusant de "faire valoir" tel commerçant parce que ses enfants fréquentaient telle ou telle école; sur certains baux ruraux l'énoncé de l'obligation pour les enfants des fermiers de fréquenter l'école privée, sinon c'était l'expulsion du fermier concerné, ou encore la fréquentation de l'école publique par les enfants de fonctionnaires locaux. L'opposition très ressentie  apparut surtout à l'église : séparation entre les enfants des 2 écoles, participation limitée des enfants de l'école publique à certaines cérémonies religieuses. Mais le plus grave fut le refus des sacrements et donc l'excommunication de certaines mères de familles, ce qui fit grand bruit dans la commune.

             Cependant le clivage n'était pas total : le catéchisme qui avait lieu à l'église les jours de classe (et non le jeudi comme prévu par la loi de 1881) était suivi par la quasi-totalité des enfants de l'école publique, lesquels assistaient à la messe du jeudi réservée aux scolaires et à la messe de rentrée du 1er octobre. D'autre part, il n'était pas impossible de voir des enfants de l'école publique aux kermesses et aux séances théâtrales de l'école privée, ou, plus tard, de les voir réunis dans le cadre des Cœurs-Vaillants.

            Après la dernière guerre on assiste à un certain apaisement, à une coexistence plus pacifique entre les 2 écoles. Au plan local fougerollais, les opinions personnelles sur les 2 écoles subsistent, mais se manifestent moins dans la vie de tous les jours : la bourgeoisie locale qui avait tant soutenu l'école privée disparait peu à peu, ainsi que certaines pratiques telles les obligations scolaires exprimées dans les baux ruraux. Les clivages commerciaux s'atténuent. De plus, les familles fougerollaises se connaissent moins qu'autrefois et même parfois s'ignorent, surtout dans les cités, ce qui réduit le débat scolaire sur le terrain public. S'ajoutent aussi les transformations des écoles elles-mêmes : alors qu'autrefois le "maître d'école" engageait les élèves vers des connaissances de base pour toute la vie, aujourd'hui "l'instituteur" est à la fois enseignant et animateur et l'enseignement est plus ouvert vers l'extérieur (classes de neige, piscine,etc...) et ce, dans les 2 écoles. Les conversations sur les écoles sont ainsi moins tranchées. Enfin et surtout le clergé local est moins combatif qu'autrefois : le curé CHAUVEAU, qui avait lutté vigoureusement, s'est éteint en 1940 et ses successeurs furent plus libéraux.

            Parallèlement, au niveau national, les attitudes évoluent : au milieu du XXème siècle la République s'est imposée  et l'école publique fait un peu moins figure "d'école de la République". De l'autre côté, la pratique religieuse diminuant, certaines écoles privées perdent une partie de leur puissance. Certaines différences idéologiques tendent à s'atténuer. Les subventions accordées par l'État aux écoles privées ont été aussi un élément d'apaisement, même si elles furent combattues fortement par les partisans de l'école publique et par certains défenseurs de l'école privée qui souhaitaient garder leur indépendance. Citons le décret POINSO-CHAPUIS (1948)  qui prévoit une aide aux familles pour l'instruction de leurs enfants, la loi BARANGER (1951-1952) qui instaure un système de contrats entre l'État et les écoles privées qui le souhaitent. De plus, les sommes versées par les communes à leurs écoles privées et publiques tendent à une certaine égalité. Localement, à Fougerolles, les 2 écoles coexistent, moins belliqueuses qu'autrefois. Signalons qu'aujourd'hui, à Fougerolles, la tendance est à l'augmentation du nombre d'écoliers dans l'école publique.

                                                                                                                         Huguette Flatrés-Mury

 

 

 

 

 

 

 

           

         

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Date de dernière mise à jour : 2014-06-18 19:18:22