Les Places Fougerollaises

 

            On compte cinq places dans le bourg de Fougerolles. Chacune a ses particularités.

                                                     La Place du Rassemblement

         place-du-rassemblement-2013-003.jpg 11-la-bascule-et-des-brabants-sur-la-place-1.jpgAutrefois place de l'église, fut depuis les temps anciens, jusqu'au milieu du 19ème  siècle, le cimetière de la paroisse. De récents travaux ont permis de découvrir des ossements dans le sol jusqu'au haut de la place. Le cimetière ancien formait avec l'église l'enclos paroissial. Dans son livre sur "Fougerolles sous la Révolution" A. Durand le présente comme entouré de << murettes >>, et, à leur propos, un texte ancien signale la réparation d'un échalier, preuve d'une clôture. L'entrée de l'enclos paroissial était-elle majestueuse, sorte de << porte de gloire >>, comme on disait autrefois ? Les deux grands piliers quadrangulaires ou pilastres de granite qui encadrent l'entrée du cimetière actuel et qui conserve la patine de vieilles pierres ne proviendraient-ils pas de la porte d'entrée de cet enclos ancien du centre bourg, transportés en leur lieu actuel en même temps que la vieille croix de granite et les tombes anciennes qui entourent cette croix dans le nouveau cimetière ? C'est une supposition. par ailleurs, on sait que l'enclos, partiellement couvert d'herbe, était planté de quelques ifs et de pommiers, chaque année le curé fixait la date d'adjudication de la vente des pommes et de l'herbe. A propos des tombes, on notera que les deux familles seigneuriales de Fougerolles, les de Goué et les de la Hautonnière avaient leurs tombeaux dans l'église, devant les autels, quelques notables s'y faisaient aussi enterrer, sous leurs bancs.

  fougerolles0028.jpg        Le cimetière évacué, la place de l'église fut alors occupée, chaque vendredi, par les boutiques foraines du marché jusqu'à ces dernières années, et par le marché aux bestiaux, notamment les jours de foires. Un petit bâtiment fut même construit tardivement, au milieu du 20ème   siècle, au bas de la place, pour le pesage des porcs,... sans égard pour l'église toute proche. D'après le cadastre ancien (1837), au haut de cette place, à l'emplacement du téléphone public et du petit bâtiment utilitaire qui lui est proche, se trouvaient les halles, construction d'une vingtaine de mètres, soutenue par des piliers de bois et allongée dans le sens de la route principale, selon A. Durand. Elles ont subsisté jusqu'en 1859, mais la << bascule >> est, elle, restée à cet endroit, transférée il y a peu de temps au centre de la place, puis supprimée trés récemment. La place de l'église accueillait aussi les roulottes des forains, les cirques et les manèges lors des fêtes communales. Elle était fréquemment encombrée de tombereaux et voitures à cheval, des machines agricoles et voitures des commerçants voisins. Le bourrelier y refaisait les matelas prés de son habitation, le menuisier y avait quelques rangées de planches le long de son atelier, et, près du poteau électrique central, se faisait la flambée du cochon par le boucher voisin, spectacle qui attirait les enfants du quartier. 

         fougerolles0029.jpg Mais, outre ces aspects pittoresques, la place de l'église a reflété l'histoire de notre pays. Certains se rappellent peut-être qu'en 1940, au début de l'occupation allemande, eut lieu sur cette place un rassemblement de soldats allemands avec prise d'armes, sans doute pour nous montrer à nous les vaincus, la puissance de l'occupant. C'est là aussi que s'entassaient parfois les tas de bois réquisitionnés par les Allemands. Mais la journée historique la plus marquante, et de très loin, fut le triste vendredi 28 juillet 1944 : dès six heures du matin y furent << rassemblés >> les Fougerollais, gardés et menacés par les soldats de la fameuse division Das Reich, alors que le bourg était cerné, ses entrées bloquées, ses maisons visitées. Le tas de bois issu de la réquisition allemande et qui se trouvait alors sur la place a heureusement servi de cache aux objets << compromettants >> que certains certains Fougerollais immobilisés là avaient dans leurs poches. C'est là que, au long de cette tragique journée, le maire A. Lebouc, tint tête aux Allemands au péril de sa vie. L'événement, relaté sur le monument de cette même place, ne se termina que dans la soirée, suivi d'affreux épisodes en campagne et hors du territoire communal. Mais on n'oublie pas, dans la joie de la Libération, ce dimanche d'août 1944, où les Américains donnèrent, au milieu de la place, un concert qui attira bon nombre de Fougerollais. On y entendit, outre les airs militaires de circonstance, l'hymne américain et la Marseillaise.

          C'est dire que, à travers des épisodes tristes ou gais, la place de l'église, ou place du Rassemblement, fut bien le centre de la vie Fougerollaise dans toute sa diversité. Un détail : cette place avait été agrémentée, il y a un demi-siècle, par une rangée d'arbres, don d'un Fougerollais. Il n'en reste que quelques exemplaires.

 

                                                         Le Square Marin Marie

      img138.jpg    Il n'a pas eu, à notre connaissance, un nom ancien. Il faisait partie autrefois de l'enclos paroissial. A. Durand pense qu'il était aussi occupé par des tombes. Le long du mur de l'église qui le délimite sur un côté, on peut voir encore sur quelques mètres de longueur et quelques décimètres, ou plutôt centimètres de hauteur, les vestiges supposés du soubassement de l'ancienne église détruite au 19 ème siècle. De plus, sur cette place et tout contre le mur de l'église actuelle se trouvait une table de granite ornée d'une croix gravée, et qui servait à certaines célébrations. Elle est aujourd'hui près de l'escalier de granite qui conduit à la grande porte de l'église.

          Cette place fut, au cours des 19è et 20ème siècles, épisodiquement, un des lieux du marché aux bestiaux le vendredi. Mais son rôle économique ne s'est jamais affirmé, car elle est en retrait par rapport à l'axe principal de communication. En revanche, son originalité est d'être un des  jardins publics de la commune, avec ses arbres, sa verdure, son banc, son jeu de boules. Il est bordé de grandes demeures de belle allure. C'est le quartier tranquille par excellence.img181-1.jpg

          Square Marin-Marie ? Marin-Marie est le nom de ce peintre-navigateur né à Fougerolles en 1901. Il avait navigué sur le << Pourquoi-Pas >> de Charcot, navire qui devait sombrer plus tard dans les mers glacées de l'Arctique. Notre compatriote fut célèbre par ses deux traversées de l'Atlantique en solitaire, dans les années 30, témoignages de son courage, de son goût pour l'aventure, mais aussi des possibilités du moteur Diesel sur de longs parcours en mer. Il fut aussi peintre de la Marine et membre de l'Académie de Marine. Il donna à la commune une belle lithographie exposée à la mairie et qui figure un grand voilier. Certains Fougerollais se rappellent la manière dont Marin-Marie fut célébré dans sa commune natale en 1936, la fête avait duré 3 jours. 

 

                                                            La Place du Général de Gaulle

      2-voitures-en-stationnement.jpg    La place du Général de Gaulle est l'ancienne place du Marché. Comme son nom ancien l'indiquait, elle jouait autrefois un rôle économique essentiel. Elle était entourée sur ses quatre côtés de maisons de commerce. Elle se trouvait d'ailleurs à côté des anciennes halles, elles-mêmes établies entre les places du Marché et de l’Église, là ou précisément a subsisté presque jusqu'à nos jours la bascule publique ( avant que cette dernière n'ait été récemment et momentanément implantée au haut de la place du Rassemblement).fougerolles0024-1.jpg Ces anciennes halles, soutenues par des poteaux de bois, ont disparu au 19 ème siècle. Sur cette place << du Marché >> les boutiques foraines étaient nombreuses le vendredi, jour de marché, ainsi que les clients : habitants du bourg et surtout paysans de la commune qui venaient vendre les produits de la ferme, tels le beurre et les œufs, à des grossistes venus de l'extérieur, et aussi venaient faire divers achats puisque pratiquement, jusqu'à la moitié du vingtième siècle, les ruraux ne se rendaient pas en ville. C'est alors que, outre les boutiques des marchands  qui achetaient beurre et œufs aux agriculteurs, s'installaient, sous des bâches tenues par des piquets, les étals fougerolles0008.jpgd'épiceries, les boutiques d'alimentation, de pâtisseries traditionnelles et locales (côné, gareau, sumeriau), gâteaux d'avoine, spécialités de Gorron et Ernée, les boutiques de vaisselle, de quincaillerie, de tissus, de confection, de chapeaux, les bazars de bimbeloterie de toutes sortes venant des villes et des localités voisines. Ces boutiques s'implantaient aussi, le vendredi, place de l’Église formant continuité avec celles de la place du Marché tout le long de la rue principale. Les jours de foire les marchands ambulants, de chansons et de complaintes vendues sur feuilles volantes, animaient le spectacle, car les airs s'apprenaient sur place, << sous le parapluie >>, au son de l'accordfougerolles0021.jpgéon. Ajoutez à cela que les commerçants Fougerollais étalaient sur les trottoirs ce qu'ils avaient à vendre. Bref, du pittoresque et de l'ambiance, surtout le jour des grandes foires qui ne se terminaient que dans la soirée. Dans les temps anciens Fougerolles était dotée de six foires par an. La plus anciennement connue était la << foire Notre-Dame >> proche du 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, la paroisse étant depuis les origines sous le vocable de Notre-Dame. Ce sont les jours de foire proches de Noël que les << bourgadins >> achetaient les volailles pour les repas des fêtes de fin d'année. 

        fougerolles0025.jpg  Autre vocation de cette place, l'approvisionnement en eau des habitants voisins : en son centre, se trouvait << la pompe >> publique, avec son monument de granite qui a intrigué bien des gens et qui est actuellement dans le jardin de la mairie. A ce propos on se doit de rappeler le problème d'approvisionnement en eau des populations jusqu'au milieu du 20 ème siècle, malgré les puits privés qui existaient ici ou là et qui, eux aussi, distribuaient l'eau parcimonieusement. La source de la pompe publique était asséchée presque chaque été. Les seaux d'eaufougerolles0026.jpg prélevés là chaque jour étaient alors comptés et limités pour chaque foyer, et la pompe << fermée >> à certaines heures par le garde-champêtre, d'où, chaque jour, des queues face à cette pompe, en attente de sa réouverture et même des conflits entre les usagers et l'employé municipal.

          D'un ordre tout différent et beaucoup plus lointain dans le temps, voici un événement transmis par certaines personnes très âgées : c'est sur cette place, donc au centre du bourg, que, vers le milieu du 19 ème siècle, eut lieu l'exécution capitale d'une femme, sans doute Fougerollaise, qui avait commis un crime. On dit que d'autres exécutions eurent lieu, dans les mêmes conditions. La guillotine, issue de la Révolution de 1789, se déplaçait donc, le cas échéant, même dans les communes éloignées du chef-lieu, telles que Fougerolles, sans doute pour l'exemple. Il y eut, paraît-il, des spectateurs assez nombreux...!

 

                                                               La Place du 11 Novembre

        dsc-0658-1.jpg  La place du 11 novembre, quant à elle, l'ancienne place de la Mairie, eut un rôle surtout administratif et civique, puisqu'elle fut, un temps, bordée par la mairie et le bureau de poste, et puisqu'on y implanta le Monument de la guerre 14-18.inauguration-du-monument-aux-morts-1921.jpg

          C'est sur cette place que se déroulaient (et se déroulent encore) des cérémonies patriotiques ou la réception de personnalités. Certaines personnes gardent aujourd'hui le souvenir de la réception faite à Marin-Marie, en ce lieu, face au Monument, en 1936. On se rappelle aussi les cérémonies émouvantes, pleines de ferveur et de tristesse, qui, au cours des années 1920 et 30 se déroulaient chaque 11 novembre, en présence d'une foule nombreuse, autour du Monuments aux Morts où sont gravés dans la pierre 108 - oui vous avez bien lu 108  noms de Fougerollais, la jeunesse de notre commune, 1/10éme de sa population masculine, tombés, de 1914 à 1918, au cours des terribles batailles de la Grande Guerre. Dans cette longue liste se retrouvent de nombreux noms de familles encore présentes aujourd'hui à Fougerolles. On a conservé des photos de l'inauguration du monument12-la-pompe-sur-la-place.jpg. On y voit la foule, les autorités et corps constitués, un groupe d'enfants en avant, probablement les orphelins. On a conservé aussi le discours prononcé par Maître A. Neveu, soldat de la Grande Guerre. S'ajoutent à la liste des disparus, les noms de Fougerollais victimes de la guerre 1939-1945. Ce sobre monument, situé dans l'axe de la rue principale du bourg a été encadré longtemps par quatre obus accompagné d'un canon que le garde-champêtre faisait entendre, aux quatre coins du bourg, les matins du 14 juillet.

        copie-de-img039.jpg  Mais c'était aussi, à l'emplacement de ce monument, puis au devant de ce dernier depuis 1920, qu'était implanté traditionnellement un reposoir de la Fête-Dieu, jalon de la procession qui parcourait le bourg les deux dimanches de juin consacrés à cette fête religieuse. Le reposoir encadré de bouleaux, surélevé par quelques marches, était décoré par les habitants du quartier et du << bas du bourg >>. Il était précédé par un tapis de fleurs laborieusement composé. 

 

                                                                          La Place de la Poste

          les-halles-la-poste.jpg 9-jouent-sur-la-place.jpgL'actuelle place de la Poste, anciennement place des Halles, est plus récentes que les précédentes. Rectangle très régulier, elle a été ainsi délimitée lorsque, dans la seconde moitié du 19 ème siècle, des quartiers ont été bâtis sur un plan géométrique comblant ainsi l'espace vide qui séparait le vieux centre-bourg,et les bâtiments de l'Hospice isolés sur la route vers Buais. C'est alors que les anciennes halles du vieux centre-bourg, bien que très bien placées prés de la place du Marché, mais sans doute trop vétustes, ont été remplacées par ces nouvelles halles (la poste actuelle), imposante  bâtisse datée de 1859, et qui ne manque pas de grandeur. Le but était peut-être aussi de développer le commerce du vendredi en installant le marché aux cochons et aux volailles dans ce quartier hors de la place du Marché, mais les halles n'ont peut-être pas eu l'animation qu'on pouvait attendre, malgré la présence, du moins pendant un temps, de trois cafés autour de la place.

       fougerolles0007.jpg   Les halles ont abrité le matériel municipal, les cages utilisées pour le marché des porcelets et qu'on sortait les vendredis, divers produits réquisitionnés pendant la guerre par les Allemands, le foin, par exemple. Elles ont servi de salle de réunion et même occasionnellement, d'espace de jeu pour les enfants. Elles permettaient le passage entre la place des Halles et l'actuelle rue de Marseul qui n'était donc pas à ce moment-là une impasse. Et puis, c'est là que se trouvait le << castu >>, cellule sommaire de dégrisement où l'on enfermait momentanément les errants qui avaient abusé de l'alcool.

          8-le-service-incendie-sous-les-halles.jpg Quand à la place elle-même, elle avait, elle aussi, sa pompe communale en son centre. Elle avait, elle aussi, ses encombrements particuliers : tantôt un cirque passager, tantôt des voitures à cheval en stationnement. A ce propos, comme un marchand de grains avait greniers et bâtiments d'exploitation ( imprimerie actuelle) s'ouvrant sur la place elle-même, il était fréquent qu'en semaine les voitures à cheval et charrettes des agriculteurs-clients occupent la place, si bien que les élèves se rendant à l'école proche et obligées de traverser ces espaces encombrés, étaient peu rassurées de frôler les chevaux.

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          Nos cinq places se sont donc transformées au cours des âges. Pour les unes, les activités se sont amoindries ( déclin des marchés, suppression des pompes ...) . Les enfants n'y jouent plus aux <<canettes>>, au <<piril>>, au foot ou à la marelle, car les places étaient leurs terrains de jeu. La terre, qui en était le recouvrement naturel et primitif, a disparu, remplacée par le bitume qui leur a donné un autre aspect, les a uniformisées et vouées, sauf une, au parking des automobiles. Elle sont désormais striées  de traits blancs. Mais certaines sont embellies par la verdure, les fleurs, les arbres et, au moment de Noël, par les sapins illuminés. Faut-il préférer le passé ou le présent de nos places Fougerollaises ?

                                                       Huguette Flatrès-Mury

 

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Date de dernière mise à jour : 2014-06-29 10:40:17