Eglise de l'Immaculée Conception

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          On ignore les origines de l'église de Fougerolles. La première église aurait été détruite lors des invasions normandes en 899 et dès 914 un seigneur de Goué aurait donné un terrain en vue de sa construction. On peut voir, à la base du mur actuel de la sacristie et la porte entrée sud de l'église un reste de mur de quelques décimètres de hauteur. Serait-ce la trace de l'église primitive?

          Depuis les temps anciens la paroisse est sous le vocable de l'Immaculée Conception. Le curé de la paroisse était proposé par l'Abbé de Lonlay, puis agréé par l'Évêque. Mais le seigneur de Goué et de Fougerolles s'était donné le droit de patronage sur l'église en tant que fondateur, avec enfeu, place d'honneur et banc à dossier dans le chœur, droit d'armoiries sur la vitre de l'église etc... ce qui suscita des querelles de préséance notoires avec les seigneurs de la Hautonnière qui avaient, eux aussi, enfeu et banc dans le chœur.

ll-ancienne-glise.jpg          L'église ancienne était étriquée. Le plan était en croix latine. La nef ne comprenait que quatre travées. Le clocher était au centre même de l'église. La sacristie se trouvait derrière le chœur. Il y avait un seul bas- coté. Le toit d'ardoise était en pente uniforme sur tout le bâtiment, le cimetière autour de l'église.

          L'église nécessita des réparations dès le 18éme siècle, qui les paierait? La révolution de 1789 mit fin aux prérogatives des seigneurs sur l'édifice, et ce ne fut qu'au 19éme siècle que commencèrent les travaux : vétusté, certes, mais aussi nécessité d'agrandissement devant l'essor démographique de la paroisse.

          La première étape de la rénovation se place autour des années 1825-1830. On construisit la sacristie à son emplacement actuel et le bas-coté nord. Probablement à cette époque furent placés, de part et d'autre de la nef, les piliers et arcades provenant de l'illustre Abbaye de Savigny. C'est aussi à ce moment que le cimetière fut transporté à son emplacement actuel.

img028-1.jpg          L'étape majeure fut celle de 1861, menée par un architecte. Le clocher fut porté à l'extrémité ouest de la nef, ce qui permit de prolonger les piliers et arcades jusqu'au chœur. les murs qui les surmontaient furent surélevés et la voute refaite. La nef, plus ample, fut consolidée. Sur chacun de ses cotés, chaque pilier fut étayé par un arc-doubleau surbaissé qui traversait le bas-coté et qui aboutissait à un contrefort, à l'extérieur de l'édifice. Cet agencement assurait une ossature homogène à l'ensemble du bâtiment. A l'extérieur, les contreforts découpaient sept pignons, ce qui donna à la toiture une structure en arête de poisson. A chaque pignon correspondait une fenêtre trilobée. L'encadrement de chacune d'elles et les rampants des pignons furent soulignés par de la pierre blanche de Caen. Le chevet fut restauré suivant les mêmes principes. La cohésion architecturale était enfin acquise.  

          Mais à la fin du 20éme siècle, l'étanchéité de l'édifice s'altérait, les rampants et les bordures des fenêtres img031-1.jpgs'effritaient. Par ailleurs, la nouvelle liturgie impliquait une vision autre de l'intérieur de l'église. En 1980-1981, après consultation de la commission d'Art Sacré et sous la direction de l'architecte des Monuments Historiques, les travaux reprirent : le clocher fut consolidé, la toiture reconsidérée les murs rejointoyés, les rampants des pignons et les encadrements de fenêtres (qui perdirent leurs sommets trilobés) refaits au ciment.

          Des modifications spectaculaires se firent à l'intérieur, au sol les dalles firent place au ciment teinté, des bancs moins massifs que les précédents furent installés, chaire  confessionnaux et stalles disparurent. C'est alors que, dégagés de leurs statues et remis en état, les vénérables piliers et arcs médiévaux de Savigny ( le témoin le plus important de l'ancienne abbaye qui subsiste dans la région) montrèrent toute leur valeur, ce qui donna à l'église toute entière un nouvel éclat.l-eglise-de-l-immacul-e-conception.jpg

          Pénétrant dans l'église de Fougerolles, on est surpris de découvrir un ensemble architectural assez remarquable : de chaque coté de la nef, se déploient sept piliers joints les uns au autres par six arcs. Les deux piliers de l'entrée du chœur sont monolithes et leur base est taillée en pointe de diamant. Chacun des autres piliers est fait de blocs de granit taillés et maçonnés les uns sur les autres. Les arcs légèrement en ogive, sont, chacun formés de deux voussures accolées l'une à l'autre. Les chapiteaux sont simples. L'ensemble est à contempler dans l'axe de l'église et à partir du bas de l'édifice.

           Cet ensemble provient de l'Abbaye voisine de Savigny fondée en 1112, démantelée à la Révolution et vendue pierre par pierre. Fougerolles fit l'acquisition de piliers et d'arcs pour les implanter dans notre église. Piliers de l'abbatiale?... du réfectoire?... On ne le sait pas. C'est donc ici un réemploi qui se marque par quelques irrégularités d'implantation ici ou là : un seul chapiteau festonné à droite, au bas de la nef; bases des piliers différentes les unes des autres; présence de deux piliers portant des amorces d'arcs tronqués.autel-vue-gauche-1.jpg

          Mais l'harmonie prévaut largement : richesse à la fois visuelle, archéologique (12éme ou 14éme siècle) et historique. Par ailleurs, il reste à porter le regard sur les décors de la voute ; sur les vitraux 19éme siècle y figurent des scènes de la vie de la Vierge et qui ont été offerts par les notables; sur l'autel principal fait avec des pans de l'ancienne chaire, assemblés par un artisan local. Signalons dans les fonds baptismaux la belle grille qui l'entoure.

          Deux pierres tombales ont été retrouvées sous les dalles de l'église : l'une datée de 1546 est gravée d'une croix pattée, l'autre porte la date "le 20 août 1646", des initiales "MEEP", la gravure d'un ciboire et de la patène, preuve qu'il s'agit de la sépulture d'un prêtre. Enfin on ne saurait passer sous silence la plaque de marbre, placée au fond de l'église, où sont inscrites les victimes de la guerre 1914-18.

                                                Orientons nous vers les deux chapelles :

        Les chapelles, crées par les seigneurs qui avaient là leur banc et leur lieu de sépulture étaient nombreuses autrefois. Chaque chapelle - ou simple autel - était consacrée à un saint, ou même successivement à plusieurs saints, parmi lesquels St Etienne, St Michel, St Mamer, St Malo, St Sébastien, Ste Marguerite, Ste Véronique, Ste Anne, St Roch. Deux chapelles ont émergé : la Chapelle de la Vierge et la Chapelle du Sacré Cœur. Elles sont décorées de retables didactiques assez remarquables, bas reliefs de la fin du19éme siècle, dorés par Pierre Machar peintre local au début du 20éme siècle. 

       La Chapelle de la Vierge

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     Elle présente en son centre la Vierge portant l'Enfant. Autour, sont représentées les apparitions de Lourdes, Pontmain, La Salette avec le portrait du Pape Pie IX qui avait proclamé le dogme de l'Immaculée Conception en 1854. Roses et fleurs de lys, décors symboliques, ornent la partie médiane du retable. Sous l'entablement de l'autel figure la nativité.

 

 

          La Chapelle du Sacré cœur :a-classer-026.jpg

       Les décors de cette chapelle offrent la même technique, au centre, c'est la statue de Dieu présentant le Sacré Cœur, entouré d'anges adorateurs. A droite, c'est l'apparition de Jésus, dans un cercle de nuages qui présente le Sacré Cœur à une religieuse, probablement Sainte M.M.Alacoque. A gauche, au milieu d'un paysage montagnard, un moine est agenouillé devant le Christ en croix : attitude d'abandon Dieu ou présentation du pays à sa bienveillance? Au niveau central du retable, la vigne figure comme un symbole de l'Eucharistie. Enfin, sous l'entablement de l'autel, est présenté le tableau le plus complexe : au centre, Dieu dominant le monde. De la main gauche, il abaisse le bras de l'ange qui porte le glaive symbolique de la "colère de Dieu" suscitée par les péchés du monde; de la main droite, il bénit la scène. Prés de lui, à sa droite se trouve Jésus qui transmet la lumière du Sacré Cœur, symbole de la paix, au monde chrétien : Espagne, France, Italie (on distingue même la Corse et la Sardaigne). Le souverain couronné, en bas à gauche de la scène, à genoux, présente ces pays à la magnanimité de Dieu. Le sens profond de cette scène est donc l'apaisement du courroux de Dieu là ou la chrétienté triomphe. De part et d'autre de ce tableau, une femme, ayant à ses pieds une amphore, est en prière, et, à gauche, une femme écrivant sur un phylactère. Le sens nous en est actuellement inconnu.

                              D’après un texte  de Mme Flatrés membre de notre association.

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Date de dernière mise à jour : 2015-01-22 14:21:55