La Chapelle Saint Joseph de la Garde

        st-joseph-de-la-garde-2.jpg  Des quatre chapelles fougerollaises, celle de Saint-Joseph est la plus récente. Elle a été construite en 1891. Elle est située à environ 1 km du bourg. Pour l'atteindre, on prend la route de Désertines, et, au bout de quelques centaines de mètres, après avoir longé l'étang de Goué, on bifurque vers la droite au village de la Bourdaine et on prend la route de Milvain et Lévaré (l'ancienne route dite "de quarante sous"). La chapelle se trouve à gauche de cette route, à quelques dizaines de mètres de l'embranchement, près de la "queue" de l'étang. Elle est implantée dans une parcelle rectangulaire de 387 m2 qui s'ouvre sur la route et dont la référence cadastrale est WP 91. Elle est désignée sous l'appellation de " Saint -Joseph-de-la-Garde ".

          1-Les origines : la volonté du curé de la paroisse "Henri Chevalier"

           Henri Chevalier a  été curé de la paroisse de 1884 à 1910. Placée dans la chapelle une grande inscription en lettres dorées sur fond noir indique l'origine de la chapelle. Elle est ainsi libellée :

                              008.jpg   AEDICVLA

                                DEO AETERNO SACRA

                                IN HONOREM S.IOSEPH

                                CVRANTE HENRICO CHEVALIER

                                PAROECCIAE RECTORE

                                AN MDCCC XCI EXSTRVCTA

                                FVNDATORIS CORPVS

                                RESVRRECTVM SERVAT

                                QVI OBIIT IV NON IANVARIAS

                                                                                         AN MDCCCCXV

                                                                                         AETATIS SVAELXXX

                                                                                        PIE IESV DOMINE

                                                                                        DONA EI REDVEM SEMPITERNAM.

          La chapelle a donc été édifiée au Dieu éternel, en l'honneur de Saint-Joseph, par les soins de Henri Chevallier, recteur de la paroisse, en l'an 1891. Elle conserve la dépouille mortelle de ce prêtre, qui mourut en janvier 1915, à l'âge de 80 ans. Suit la formule consacrée à l'adresse du Seigneur : donne lui le repos éternel. On pourrait s'étonner qu'Henri Chevallier n'ait pas été enterré au milieu de ses paroissiens dans le cimetière communal. Il précise que la chapelle, édifiée par lui est son tombeau ( les restes ont été retrouvés dans les fondations de la chapelle lors de travaux ultérieurs). Mais on sait par ailleurs (Henri Chevallier a laissé des notes manuscrites) qu'il voulait, en même temps, créer dans la campagne un lieu de recueillement et qui, de plus, étant moins loin du bourg que Courbefosse, serait plus accessible à une majorité de paroissiens.  Pourquoi Saint-Joseph? Henri Chevallier a indiqué qu'il voulait ouvrir un lieu de prières aux familles chrétiennes, et ce, au siècle où le culte à Saint-Joseph s'est développé. La Vierge, Saint-Joseph et l'Enfant ont d'ailleurs la place principale dans la statuaire de l'édifice. L'implantation de la chapelle en ce lieu visait donc 3 buts :

      1- conserver la mémoire d'un prêtre qui avait desservi la paroisse pendant plus de 30 ans (il avait laissé le souvenir d'un prêtre aisé, il avait fait le pèlerinage à Jérusalem et il menait une vie bourgeoise, dans la simplicité et la discrétion).

      2- affirmer la présence visible du christianisme  dans la campagne en créant un lieu de prières.

      3- honorer les familles de la paroisse en dédiant la chapelle à Saint-Joseph protecteur des familles et en leur permettant ici un recours.

            2- La construction de la chapelle et la rénovation

          L'origine de la chapelle est donc bien connue. L'achat du terrain, la construction et l'aménagement de l'édifice (1891) s'élèvent à 10 727 francs, valeur 1891. Il y eut des aides et des bénévoles. L'architecte fut Mr Hawke, qui construisit aussi la Basilique de Pontmain. La première pierre fut bénite  par Mr Pierrel, doyen de Landivy. Mais l'implantation de la chapelle donna lieu à une manifestation de plus grande ampleur : le 3 juillet 1902, Mr Cleret, évêque de Laval, à Fougerolles à 011.jpgl'occasion de la Confirmation, se rendit sur les lieux. Il bénit la chapelle, la statue de Saint-Joseph et la cloche du campanile. La cérémonie attira une foule évaluée à 3000 personnes composée de Fougerollais et d'habitants des communes voisines. C'est en 1915 que le curé fondateur, dont les portraits peints ont été conservés dans la chapelle, fut enterré en ce lieu comme prévu. La chapelle devint propriété du diocèse.

          Comme l'édifice était solidement construit, et, de plus, récent, il traversa la grande partie du XXè siècle sans encombres. Mais malgré les soins que les voisins lui apportèrent, il se délabrait peu à peu, souffrant notamment de l'humidité de l'atmosphère. Il se trouve à quelques dizaines de mètres de la "queue" de l'étang qui ajoute sans doute de l'humidité ambiante. De plus, les grands arbres qui entouraient la chapelle et qui autrefois contribuaient à l'esthétique de l'ensemble, commençaient à peser sur la toiture. les haies épineuses du pourtour devenaient envahissantes. Il fallait lutter contre l'invasion de la végétation. Des moisissures se développaient dans la chapelle. Comme des vitres étaient brisées, des oiseaux avaient pénétré et construisaient leurs nids à l'intérieur, et même, selon certains Fougerollais, un essaim de frelons s'était tranquillement installé dans la rocaille qui supporte la statue de Saint-Joseph à l'intérieur. Un siècle après sa construction, la rénovation de la chapelle semblait s'imposer.

           La recherche d'une solution était complexe. Rappelons que la chapelle appartenait au diocèse qui, par ailleurs avait un patrimoine lourd à entretenir.Le maire de Fougerolles avait posé le problème au conseil municipal en 1986. A l'intérieur du conseil les avis pour une intervention communale étaient partagés, la commune n'étant pas propriétaire. La commune s'est donc abstenue.

          Mais une association dont le président fut C. Roulette, fut créée par un groupe de Fougerollais soucieux du patrimoine local. Un article du quotidien Ouest-France (12-5-1987) consacra quelques colonnes à l'entreprise, posa le problème du délabrement de la chapelle et présenta l'"Association pour la restauration de la chapelle Saint-Joseph", afin de susciter les dons. Sur le terrain les membres de l'association firent courageusement du porte-à-porte pour collecter les fonds nécessaires à cette rénovation : 14 équipes de 2 personnes chacune proposèrent aux Fougerollais une carte postale figurant la chapelle. Une souscription fut donc ouverte. 600 foyers de la commune (presque la totalité des foyers) et indépendamment des croyances religieuses, semble-t'il, répondirent à l'appel. Plus de 30 000 F, valeur 1987, furent recueillis. Il y eut un don de 10 000 F.  Pour le reste le bénévolat fonctionna et offrit ses services dans les différents corps de métiers. On envisagea aussi de demander des subventions et de faire un emprunt. Il y eut donc dans cette entreprise une solidarité et une entraide matérielle remarquables.

          Pourquoi ce succès? Dans l'article de Ouest-France cité ci-dessus, la vice-présidente l'explique ainsi : "C'est un projet de la commune. Toutes les équipes qui ont rencontré les habitants étaient connues. Les sentiments religieux n'interviennent pas vraiment sauf pour les personnes âgées. Seulement les gens tiennent à leur patrimoine". Pour les uns, sentiment religieux évident ; pour d'autres, probablement, sentiment religieux sous-jacent et enfoui dans le fond des consciences ; pour d'autres, désir de participer à une œuvre collective - et non "communale", en l’occurrence- et dont on est assuré de voir de ses propres yeux les résultats certains ; pour d'autres, souci du patrimoine local, souci pour lequel on ne peut que se réjouir.

           3-La chapelle aujourd'hui :

                 - sa place dans le paysage :

           La chapelle, dont le grand axe est orienté vers l'est selon la tradition, est implantée au fond de la parcelle rectangulaire acquise pour sa construction. Une large allée conduit du portail à l'édifice. La chapelle mesure 12,5 m de longueur. Elle est large de 6 m et haute de 12 m, sans le clocheton. La hauteur totale comprenant le pignon, le clocheton, la statue de Saint-Joseph qui le surmonte atteint 16 m. C'est dire que la chapelle domine le paysage et qu'elle est visible de loin. Un exemple : dans le paysage perçu à partir du remblai et du mur qui retient l'eau de l'étang de Goué, à 400 m environ de la chapelle, cette dernière est vue dans l'axe le plus long de l'étang au-delà de cet étang, dans le lointain. Sa silhouette verticale est dans ce paysage le "point d'appel", car le regard est porté dans sa direction. Elle rompt en les dominant les plans horizontaux de l'espace qui les entoure.

                -La sobriété et l'élégance de l'extérieur de l'édifice :

       009.jpg    Le plan de l'édifice est composite. Il s'articule en 3 parties : le corps principal correspondant à la nef est rectangulaire. A la jonction entre nef et chœur, le tracé amorce, de chaque côté, un arc qui enserre le chœur. Mais cette partie arquée est coupée en son centre pour prolonger l'édifice par un chevet plat à plan rectangulaire, où se trouve la sacristie et l'espace qui contient la statue intérieure de Saint-Joseph.

      L'édifice révèle une construction équilibrée, pour laquelle le granite n'a pas été ménagé : on le trouve, mouluré, à la sablière, aux 2 chaînages d'angle de la façade, aux 2 chaînages qui, du sol à la toiture (face Nord et Sud) séparent les murs plats des murs incurvés évoqués ci-dessus (ce qui correspond à la limite entre nef et chœur à l'intérieur) ; on le trouve au niveau du soubassement sur tout le pourtour de la chapelle ; on le trouve autour des 3 vitraux qui ornent le pignon de la façade ; autour des 7 fenêtres sur les côtés et au chevet. Ces blocs de granite, qui soulignent les lignes de force du bâtiment, sont là soigneusement taillés. Le remplissage des murs est fait de moellons de schistes gneissiques  judicieusement choisis, et jointoyés de manière très régulière. Le tout forme un ensemble cohérent et élégant.

       Pour les détails, le style roman, ou plutôt ici le style néo-roman, a été choisi. La porte est surmontée de 3 arcs en plein-cintre. L'arc de l'extrados est en saillie et souligne l'arcature. de plus, cet arc s'appuie, de chaque côté de la porte, sur un mince ressaut horizontal, sorte d'architrave marquant la transition des arcs avec les montants de granite verticaux qui encadrent la porte. Les 3 fenêtres latérales sont surmontées, elle aussi, d'une saillie arquée, laquelle se termine aussi par un ressaut horizontal qui déborde l'encadrement de granite pour se prolonger de quelques décimètres dans les moellons du mur. Il s'agit de détails architecturaux non fonctionnels, simples éléments de décor, mai qui donnent une unité à l'ensemble. Quand aux fenêtres du chevet, à l'arrière, elles sont d'aspect simple : la fenêtre supérieure est surmontée d'un arc, sans décor, les 2 fenêtres géminées sous-jacentes sont de simples rectangles. Le campanile domine un toit d'ardoises à 2 pans, terminé à l'est par une demi rotonde au- dessus du chœur. Ce campanile est creusé d'une niche en plein-cintre qui abrite la cloche et est surmonté par la statue de Saint-Joseph qui porte l'Enfant. Le tableau serait incomplet si on ne signalait pas la présence de croix potencées, gravées dans le granite, l'une entre les vitraux de la façade et le campanile, les autres à la base de la façade, à droite. Elles sont le signe de l'existence d'un tombeau dans l'édifice, celui de Henri Chevalier.

       En résumé, l'extérieur de la chapelle frappe par sa sobriété, l'équilibre architectural de l'ensemble, ce qui témoigne d'une certaine recherche et d'un effort de réflexion de la part des constructeurs.

              - La richesse du décor intérieur :

             Après avoir franchi les 4 marches de granite bordées de chaque côté par des rampes basses, elles aussi de granite, on aborde l'intérieur assez richement décoré.Sont appliqués aux murs du chœur 4 demi-colonnes et aux murs de la nef 6 pilastres de granit gris. Entre eux un crépi grège est orné de traits ocres qui imitent le jointoiement des pierres de taille d'un mur. Les 4 demi-colonnes du chœur se terminent par des demi-chapiteaux palmiformes simples dont les 3 feuilles - ou denticules, ou festons larges - ont la pointe tournée vers le bas. Ces chapiteaux portent des arcs en plein cintre surhaussés appliqués aux murs, formant ainsi autour du chœur comme une guirlande inversée qui vient s'accrocher aux pilastres de la nef. La voûte de la nef est un berceau. Elle se termine par la demi-coupole du chœur. Comme les murs, elle est revêtue d'un crépi. Sa base est soulignée par une frise de granite horizontale, qui se poursuit autour du chœur. Pilastres, demi-colonnes, arcs, frise continue autour de l'édifice contribuent à structurer l'ensemble. Ils en sont l'ossature. Quant au sol de la nef et du chœur, il est recouvert d'une mosaïque, style XIXè siècle, interrompue par 2 marches qui conduisent au chœur et à l'autel. Le groupe des trois lancettes du vitrail de la façade et les vitraux des fenêtres latérales éclairent l'intérieur.

      010.jpg  Le décor, dans le détail, est assez recherché et réalisé dans le goût du XIXè siècle. La grille qui sépare le chœur de la nef est ouvragée et ornée d'un motif central, l'agneau. L'autel est apparemment en stuc. L'entablement est soutenu par six colonnes à chapiteaux sculptés et à bases taillées en pointes de diamant. Au centre de ce soubassement figure la croix, l'ancre de marine, le lys entrelacés et le monogramme de Saint-Joseph. Sur la croix on lit "Fides", sur l'ancre "spes", alors que le rameau de lys signifie probablement la charité, les trois vertus théologales. On les retrouve d'ailleurs sur la lancette centrale du vitrail de la façade. Le tabernacle, dont la porte est décorée avec goût, est étayé sur ses deux côtés par un ensemble de gradins sculptés portant six grands chandeliers dorés.Il présente en son sommet un crucifix doré lui aussi.Des objets divers nécessaires au culte s'ajoutent ici ou là : appliques, portes-bougies,brûle-cierge,et notamment des candélabres dorés et de grandes suspensions décorées qui contribuent à créer une ambiance particulière imprégnée à la fois de somptuosité et de solennité, des statues du XIXè siècle ornent le chœur : la Vierge de Lourdes, le Sacré-Cœur, posés sur des consoles, et, à la place d'honneur, dans l'axe de la chapelle et dans l'évidement surélevé ménagé au fond du chœur, trône la statue de Saint-Joseph dominant l'ensemble, sur un bloc de rocaille. Au fond de l'évidement, des teintes nuancées allant du rose clair au gris pâle en passant par le mauve contrastent avec les 005.jpgcouleurs plus ordinaires et ternes de l'intérieur de la chapelle et provoquent  pour celui qui ne peut manquer de porter le regard vers elles, comme une sorte d'évasion du monde réel environnant vers un monde plus lointain. C'est devant ces nuances délicates que se profile la statue de Saint-Joseph, patron du lieu. Enfin, outre la grande inscription en lettres dorées sur fond noir qui indique l'identité et l'origine de l'édifice, la chapelle possède deux grands portraits peints du fondateur. Ces deux portraits sont signés. L'un figure Henri Chevallier jeune, l'autre Henri Chevallier âgé. Ce dernier en très mauvais état, mérite une rénovation, car les Fougerollais ont connu leur curé âgé de 50 à 80 ans, comme ce tableau le représente.

          4- L'impact de la chapelle dans la paroisse :

            Dans quelle mesure et comment le culte à Saint-Joseph s'est-il manifesté en ce lieu? La fréquentation de la chapelle a t'elle répondu aux souhaits d'Henri Chevallier? On ne peut répondre que succinctement à ces questions.

         procession-a-droite-l-etang-de-goue.jpg   Le culte à Saint-Joseph en sa chapelle a été pratiqué autrefois par les Fougerollais. Le 19 mars, jour de la Saint-Joseph, donnait lieu à une célébration. La rénovation récente de la chapelle a entraîné la reprise d'une cérémonie ce jour-là. De plus, des visites en famille ou individuelles se faisaient dans la chapelle non seulement le 19 mars, mais le plus souvent le dimanche, au cours de l'année. Aujourd'hui des personnes s'y arrêtent. Quelques ex-veto de remerciements au patron de la chapelle témoignant du recours à Saint-Joseph pour des questions personnelles sont placés auprès du tronc fixé à l'entrée. Dévotions individuelles, dévotions des familles, donc. On suppose que, dans l'environnement très proche, les villages de la Bourdaine et des Landes, villages très peuplés, ont dû fournir un contingent assez élevé parmi les fidèles à Saint-Joseph. Les volontés d'Henri Chevallier furent en ce domaine respectées.

       La chapelle de Saint-Joseph, a aussi été une étape pour les processions des Rogations en mai-juin de chaque année. Ce lieu avait pour avantage d'être peu éloigné de l'église paroissiale. On pouvait donc y conduire les processions, pour "les biens de la terre". Elles étaient suivies par les agriculteurs, notamment les années où les données climatiques étaient catastrophiques : sécheresse ou excès de pluie qui empêchaient le ramassage des foins dans de bonnes conditions.

         Mais on évoquera aussi, bien que plus éloignés du fait religieux en lui-même, d'autres motifs de la fréquentation de la chapelle. Ce sont les promenades du dimanche qu'on faisait à pied autrefois et dont un circuit passait par la chapelle. A partir du bourg, la promenade se faisait vers Goué par les sentiers boisés. On passait devant la façade du château (ce dernier fut longtemps sans propriétaires résidents au cours des années 20-30), on atteignait le remblai de l'étang de Goué, on empruntait le chemin du Bois-Vert, on traversait la cour de la ferme du Bois-Vert, pour arriver à la route de "quarante sous", on longeait le Bois du Gibet, la" queue "de l'étang et on venait se reposer dans le petit jardin de la chapelle, où se trouvait une tonnelle particulièrement accueillante, ou bien on recherchait l'ombre à l'intérieur de la chapelle. Puis c'était le retour vers le bourg par la route de Désertines (la première route goudronnée de la commune) et par le Semis. On ne saurait jauger le sentiment religieux lors de l'étape à Saint-Joseph. Mais l'aspect agréable et riche de la chapelle offrait sans doute, outre le délassement, un attrait auprès des promeneurs du dimanche.

          Enfin on signalera à propos de la chapelle une croyance curieuse ancrée autrefois dans l'esprit de certains Fougerollais. Revenons à la statue de Saint-Joseph, placée à l'intérieur, surélevée, au fond du chœur, et à son encadrement de couleur pastel, rose, mauve ou gris. De toute évidence, ces couleurs délicates contrastent avec les couleurs plus banales du reste de la chapelle. Aussi, elles attiraient le regard. De plus, elles varient d'une nuance à l'autre suivant les jours et même les heures, ce qui apportait peut-être un certain trouble dans les esprits, d'autant plus que, de l'intérieur de la chapelle, on ne voit pas d'où vient cet éclairage insolite et changeant : aucune ouverture proche de la statue, aucune fenêtre au fond de la chapelle vers l'extérieur n'apparaît à celui qui, de la nef, porte le regard vers la statue. Le fait fut, pour certains, d'autant plus étrange que la variation des couleurs est en rapport avec le temps qu'il fait à l'extérieur : tendance vers le rose pâle en période de beau temps, tendance vers le gris en période de mauvais temps.

          Phénomène curieux, énigme, voire mystère... De la contemplation ou de la simple observation à l'anticipation il n'y a qu'un pas. Certains sont passés ainsi parfois des expressions "le fond de la chapelle est rose, il fait beau temps ; le fond de la chapelle est gris,il fait mauvais temps" à des expressions qui font des couleurs perçues et de variations un signe prémonitoire : "le fond de la chapelle est rose, il va faire beau temps ; le fond de la chapelle devient gris, on va vers le mauvais temps". C'était faire du fond de la chapelle un instrument à prédire le temps, une sorte de baromètre.

           Dans les esprits, l'interprétation des couleurs et leurs variations étaient-elles seulement profanes, issues d'une simple constatation? Quelle fut la part du sentiment religieux dans cette interprétation? Saint-Joseph fut-il imploré pour l'obtention d'un temps propice? Peut-être, mais sauf le cas très particulier des Rogations, d'ailleurs sans rapport avec la variation des couleurs perçues au fond de la chapelle, aucun écho à connotation religieuse à ce sujet précis ne nous est parvenu. Henri Chevallier n'avait certainement pas prévu de telles interprétations.

  014.jpg         D'ailleurs le mystère s'efface lorsqu'on remarque que ces couleurs ainsi interprétées sont données, en fait, par deux lucarnes, effectivement invisibles pour celui qui se trouve dans la chapelle, l'une rouge vif, côté sud, l'autre bleue, côté nord et placées au-dessus de la statue. C'est elles qui font varier les couleurs suivant le temps qu'il fait à l'extérieur.

                      La chapelle est ouverte au public. Il suffit de demander la clé à un voisin.

                                                          Mme Flatrès Mury

 

                 Association Restauration de la Chapelle Saint-Joseph

           En 1987 quelques voisins de cette chapelle se sont préoccupés de son état de délabrement, les ronces et la végétation envahissantes faisaient que de la route nous ne la voyions presque plus. La toiture étant complétement abimée, l'eau pénétrait de partout et l'intérieur était vraiment en mauvais état.

        chapelle-st-joseph-de-la-garde.jpg   Mr Georges Pelé (décédé maintenant) en a parlé autour de lui. Je l'ai accompagné, quand nous avons ouvert la porte, il est tombé une brouette de gravats (enduits intérieur). Il était grand temps de faire quelque chose. Contact fut pris avec des bénévoles qui étaient décidés de faire une association. Ce qui fut fait. Mais maintenant, comment trouver le financement des travaux? La chapelle étant propriété de l'Évêché, celui-ci a été contacté par l'Abbé Pipelier, curé de la paroisse.

            L'Évêché était d'accord pour que nous fassions des travaux, mais ne financerait pas, alors est née une idée collective : faire une photo de la chapelle et un petit historique que nous décidâmes de proposer à tous les foyers de la commune.

            Vaste programme, 14 équipes de deux personnes furent volontaires pour parcourir la commune (600 foyers). La population réserva un très bon accueil, très rare furent les refus. La collecte s'éleva à 31024 francs, plus un don de 10 000 francs, plus une subvention de la commune de 5 000 francs, soit un total de 46 024 francs. Maintenant nous avions l'argent restait à faire le travail.

             D'abord défricher les alentours, puis refaire la charpente, l'eau pénétrant à l'intérieur et abimant tout. Ce travail étant trop important il fut confié à un artisan charpentier qui refit la toiture pour 24 618 francs. Tous les autres travaux furent faits par des bénévoles, l'association ne payant que les matériaux (ciment, plâtre, peinture, etc...).

             Les joints extérieurs ne furent faits que dans le pignon ouest,et en façade, étant les plus abimés. Restaient les joints des trois murs (Nord-Sud et Est), n'ayant pas assez de finances pour les faire par artisan, le bénévolat ayant ses limites. Il a fallu attendre l'an 2000, la Commune nous proposant une subvention de 50% venant de la Région pour ce genre de patrimoine. Nous restant un peu d'argent, la Commune nous a subventionné pour que tout soit fini.

                                                                       Texte de Maurice Geslin

 

 

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Date de dernière mise à jour : 2014-10-16 21:40:24